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palpitaient d’inquiétude et de crainte ! Plus d’une mère dans la solitude secrète du foyer se livrait aux larmes et à la prière.

Le jeune Stubble, à l’une des tables du café de Slaughter, était dans le feu de la composition ; les larmes lui coulant le long du nez finissaient par inonder son papier : le pauvre garçon pensait à sa mère que peut-être il ne reverrait plus. Dobbin, de son côté, se disposa à écrire une lettre à George Osborne, puis il changea d’avis et ferma son portefeuille.

« À quoi bon ? dit-il, laissons-leur encore une nuit de calme et de bonheur. J’irai voir demain mes parents de grand matin, et puis je partirai dans la journée pour Brighton. »

Cette résolution prise, il se leva et, se dirigeant vers Stubble, il lui posa la main sur l’épaule ; il dit à son jeune camarade qu’il devrait renoncer au brandy et à l’eau, et qu’alors il deviendrait un bon soldat comme il avait été jusqu’ici un loyal et excellent garçon. Les yeux du jeune Stubble brillèrent de reconnaissance pour ces paroles bienveillantes. Au régiment, Dobbin était l’objet de la plus haute considération ; on le tenait pour l’officier le plus habile et le mieux entendu.

« M. Dobbin, dit-il en essuyant une larme du revers de sa main, voilà précisément ce que j’étais en train de lui promettre quand vous m’avez frappé sur l’épaule. C’est que, voyez-vous, capitaine, elle est diablement bonne pour moi. »

Les cascades se remirent alors à couler de plus belle, et nous n’oserions pas affirmer que les yeux du tendre Dobbin ne finirent pas aussi par s’humecter.

Les deux enseignes, le capitaine et M. Chopper dînèrent à la même table, dans le même cabinet. Chopper remit à Dobbin une lettre de la part de M. Osborne. Celui-ci présentait brièvement ses compliments au capitaine Dobbin, et le priait de faire parvenir la lettre incluse au capitaine George Osborne. Chopper n’en savait pas plus long. Il donna quelques indications sur la manière d’être de M. Osborne, parla de son entrevue avec son homme d’affaires, de sa politesse inaccoutumée avec tout le monde, et se perdit en commentaires et en conjectures. À chaque verre il devenait de plus en plus confus et finit par n’être plus du tout intelligible. Enfin, à une heure avancée, le capitaine Dobbin fit entrer son convive dans un fiacre. M. Chopper se trouvait dans un état de titubation complète et jurait au milieu