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filles, devons ajouter foi à toutes vos belles paroles, messieurs. La tendresse des femmes les rend toujours trop confiantes, et vous n’en profitez que pour nous abuser cruellement. »

Dobbin sentit une pression non équivoque de la main de miss Osborne, restée négligemment dans la sienne. Il fit un soubresaut sans savoir où il en était, et les deux mains se trouvèrent séparées.

« Nous des trompeurs ! dit-il ; non, chère miss Osborne, il n’en est point ainsi de tous les hommes. Rayez d’abord votre frère de la liste. George aimait et aime encore Amélia Sedley ; tous les trésors de la terre ne pourraient le décider à en épouser une autre. Serait-ce bien vous qui lui conseilleriez de l’abandonner ? »

La réponse était difficile pour miss Jane, surtout avec ses vues personnelles. Elle s’empressa de l’éluder :

« Eh bien, alors, si vous n’êtes pas un trompeur, vous êtes au moins très-romantique. »

Le capitaine William laissa passer cette observation sans broncher d’un pas, et lorsqu’enfin, à l’aide de nouveaux compliments, il pensa miss Osborne assez préparée pour recevoir la grande nouvelle, il lui glissa à l’oreille les paroles suivantes :

« George Osborne ne peut plus désormais renoncer à Amélia, car ils sont mariés. »

Il entra alors dans le détail de toutes les circonstances que nous connaissons déjà, et lui raconta comme quoi la pauvre petite serait morte de chagrin, si son amant n’avait pas été fidèle à la foi jurée ; comme quoi le vieux Sedley avait refusé d’assister à ce mariage ; comme quoi Joe Sedley était venu de Cheltenham pour conduire la fiancée à l’autel, et comme quoi les nouveaux époux étaient partis dans la voiture à quatre chevaux de Joe, pour passer à Brighton leur lune de miel ; comme quoi enfin George comptait sur ses chères et excellentes sœurs, sur ces cœurs de femmes si dévoués et si sincères, pour réconcilier le père et le fils. Il termina en demandant à miss Osborne la permission de venir la revoir encore, et la jeune demoiselle s’y prêta avec un empressement des plus gracieux.

Bien persuadé, et pour cause, que les nouvelles qu’il venait de communiquer seraient, avant cinq minutes, portées à la connaissance