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de l’héritière des Indes, miss Osborne, mais d’une pauvre fille que George a aimée autrefois, et qui, depuis son enfance, a fait de lui l’unique objet de ses pensées. Je l’ai vue dans la misère, résignée à son malheur, toujours pure, toujours irréprochable. Je vous parle de miss Sedley. Ah ! chère miss Osborne, votre cœur généreux peut-il en vouloir à votre frère de lui avoir été fidèle ? Un remords éternel s’emparerait de lui, s’il délaissait cette pauvre fille. Ainsi, à votre tour, aimez celle qui vous a toujours aimé… Je viens de la part de George vous dire qu’il se regarde lié envers elle par des serments irrévocables, et vous prie, vous au moins, de vous rallier à sa cause. »

Quand M. Dobbin se sentait sous l’influence d’une forte émotion, il éprouvait toujours quelque embarras à trouver ses premières paroles ; mais bientôt le reste suivait avec la plus grande volubilité, et, à dire vrai, ce flux oratoire fit dans le cas présent une très-vive impression sur la personne dont il devait gagner le suffrage.

« Voici, dit-elle, qui est fort pénible et fort singulier. Refuser un si brillant parti ! En tout cas, capitaine Dobbin, George a trouvé en vous un valeureux champion de sa cause. Pourquoi faut-il que tous ces efforts soient en pure perte. Cependant, je vous le dis, continua-t-elle après une pause, cette pauvre miss Sedley peut compter sur mes sympathies les plus vraies et les plus sincères. Quant à ce mariage, il ne nous a jamais paru bien sortable, bien qu’ici nous ayons toujours témoigné à miss Sedley beaucoup d’affection, oh ! oui, beaucoup ! mais jamais, j’en suis sûre, vous n’aurez le consentement de mon père… D’ailleurs une jeune fille bien élevée… qui a de bons principes, devrait… George lui-même devrait n’y plus penser, entendez-vous, mon cher capitaine Dobbin !

— Un homme doit-il donc ne plus penser à la femme qu’il aimait du moment où le malheur vient à la frapper ? dit Dobbin en lui tendant la main. Ah ! chère miss Osborne, mes oreilles me trompent sans doute. Aimez, aimez cette jeune fille, aimez-la tendrement. George ne peut plus, il ne doit plus renoncer à elle. Croyez-vous qu’on renoncerait à vous, si vous tombiez dans la pauvreté ? »

Cette adroite question impressionna vivement le cœur de miss Jane Osborne.

— J’ignore, capitaine, jusqu’à quel point, nous autres pauvres