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— Il est fort joli, l’air de la Corbeille, reprirent en chœur les deux demoiselles Osborne.

— Connu ! cria de son sofa le misanthrope.

— Je puis vous chanter encore Fleuve du Tage, dit Swartz d’une voix doucereuse ; il ne me manque que les paroles. »

Là s’arrêtait le répertoire de la jeune fille.

« Oh ! oui, Fleuve du Tage, s’écria miss Maria ; nous avons la romance. »

Et elle alla chercher bien vite le recueil où elle se trouvait.

Or, cette romance, qui jouissait de la vogue du moment, avait été donnée aux deux sœurs par une de leurs amies, dont le nom était écrit sur la première page. Miss Swartz reçut de George les plus vifs applaudissements. C’était, en effet, une des romances favorites d’Amélia, et il ne l’avait pas oublié. L’héritière de Saint-Kitts, espérant sans doute qu’on la prierait de recommencer, jouait négligemment avec les feuillets de la musique, lorsque son œil rencontra le nom d’Amélia Sedley, écrit au haut du premier feuillet.

« Dites donc, s’écria miss Swartz en tournant vivement sur le tabouret, est-ce là mon Amélia ? l’Amélia qui était chez miss Pinkerton, à Hammersmith ? C’est elle, n’est-ce pas ? Comment va-t-elle ? où est-elle ?

— Ne répétez pas ce nom, s’empressa de dire Maria Osborne. Sa famille est bien coupable. Son père a abusé de la confiance du nôtre, et, quant à elle, son nom n’est plus prononcé ici. »

Maria Osborne se vengeait ainsi de la sortie de George au sujet de la Bataille de Prague.

« Êtes-vous l’amie d’Amélia ? demanda George en se redressant. Dieu vous le rende alors, miss Swartz. Ne croyez pas un mot de tout le bavardage de ces femmes. On n’a pas le moindre reproche à lui adresser. C’est la meilleur…

— Vous savez bien, George, que vous ne devez point parler ainsi, s’écria Jane tout effarée ; papa le défend.

— Je voudrais bien voir qu’on m’en empêchât, cria George en fureur ; je veux parler d’elle ; je dis que c’est la plus accomplie, la plus douce, la plus charmante des filles d’Angleterre. Que son père soit banqueroutier ou non, mes sœurs ne sont pas dignes de délier les cordons de ses souliers. Si vous l’aimez, allez la voir, miss Swartz, elle n’a plus beaucoup d’amis