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à leur nouvelle amie, et il déclarait que sa plus grande joie comme père était de voir ses enfants placer si bien leurs affections.

« Il ne faut point chercher, disait-il à miss Rhoda, dans notre humble retraite de Russell-Square, la splendeur et le luxe que vous offrent les salons aristocratiques. Chère demoiselle, mes filles sont toutes simples, tout ouvertes. Ce qu’on peut dire pour elles, c’est qu’elles ont le cœur bien placé et ressentent pour vous une tendresse qui prouve en leur faveur. Quant à moi, je ne suis qu’un négociant tout uni et tout rond dans les affaires, et sans prétention, comme pourront vous le dire Hulker et Bullock, les correspondants de feu votre père, de si respectable mémoire. Vous trouverez chez nous cette cordialité et cette franchise qui font le bonheur, et, pour tout dire en un mot, une famille respectée, une table simple, des mœurs honnêtes, un accueil affectueux. Ah ! chère miss Rhoda, chère Rhoda, laissez-moi vous appeler ainsi, car mon cœur, je vous le jure, s’épanouit de joie à votre approche. Je vous le dis du fond du cœur, je ne sais quel instinct me pousse vers vous. Vite, un verre de champagne! Hicks, du champagne pour miss Swartz. »

Pourquoi douter de la véracité du vieil Osborne, de la sincérité de ses filles dans leurs protestations de tendresse pour miss Swartz ? Combien de gens y a-t-il ici-bas dont les affections savent aller ainsi au-devant des écus et les saluent de loin ! Leurs plus tendres sympathies sont toujours prêtes pour ceux qui ont le bon esprit d’avoir beaucoup d’argent et qui justifient l’amitié qu’on leur accorde par leur rang dans le monde. Pendant quinze ans, les Osborne n’avaient manifesté qu’une très-mince tendresse à la pauvre Amélia, tandis qu’une seule soirée suffit pour les enflammer d’une belle passion en faveur de miss Swartz, de manière à persuader les plus incrédules sur la sympathie mystérieuse des cœurs.

« Quel magnifique parti ce serait là pour George, disaient ses sœurs avec miss Wirt, et qui lui vaudrait bien mieux que cette petite niaise d’Amélia ! »

Un joli garçon comme lui, avec sa tournure, son grade, ses qualités, était le mari qu’il fallait à la riche héritière.

Les demoiselles Osborne avaient soin de parsemer l’horizon de bals à Portland-Place, de présentations à la cour, d’invitations