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subitement retrouvé toutes ses roses. Amélia entourait de ses bras le cou de la jeune fille et l’embrassait de tout cœur, comme aurait fait un enfant. Elle goûta ce soir-là un sommeil calme et rafraîchissant. Une joie ineffable resplendissait dans ses traits quand elle s’éveilla aux rayons de l’aurore.

« Je le verrai encore aujourd’hui, se disait tout bas Amélia ; c’est le plus noble et le meilleur des hommes. »

Le fait est que George se tenait pour l’être le plus généreux de la terre, et pensait faire un grand sacrifice en épousant cette jeune fille.

Tandis qu’elle avait avec Osborne un délicieux tête-à-tête dans la salle du haut, la vieille mistress Sedley et le capitaine Dobbin s’entretenaient en bas sur la situation des jeunes amants et avisaient aux arrangements à prendre. Mistress Sedley, en épouse qui connaît son mari, prévoyait déjà qu’aucun pouvoir humain ne pourrait faire consentir M. Sedley au mariage de sa fille avec le fils de l’homme qui l’avait traité d’une manière si outrageante et si inexorable. Elle fit à Dobbin l’histoire détaillée du passé, alors qu’Osborne le père menait une vie plus que modeste dans New-Road, et que sa femme se montrait enchantée des petits jouets d’enfants dont Joe ne voulait plus, et que mistress Sedley donnait aux enfants Osborne le jour de leur naissance. L’ingratitude diabolique de cet homme avait, suivant elle, fait une profonde blessure au cœur de M. Sedley, et, quant au mariage, il n’y consentirait jamais, jamais, au grand jamais.

« Il se fera alors par enlèvement, madame, dit Dobbin en riant, à l’instar de celui du capitaine Rawdon avec la petite gouvernante, l’amie de miss Emmy. »

Mistress Sedley ne pouvait en croire ses oreilles ; elle n’en revenait pas. Enfin, tout absorbée de cette nouvelle, elle appela Blenkinsop pour lui en faire part.

Blenkinsop s’était toujours défiée de cette miss Sharp ; Joe l’avait échappé belle ! et elle retraça tout au long les scènes sentimentales qui s’étaient passées entre Rebecca et le receveur de Boggley-Wollah.

Quant à Dobbin, ce n’étaient pas les fureurs de M. Sedley qui l’effrayaient le plus. Il avouait que ses doutes et ses inquiétudes les plus vives lui venaient au sujet des dispositions d’une espèce d’autocrate russe aux épais sourcils, séant à Russell-