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petit bichon, son petit amour d’argent. Les voitures roulaient toujours chacune dans son sens.

« C’est une affaire toisée, dit Rawdon à sa femme.

— Essayez encore une fois, Rawdon, répondit Rebecca, accrochez leur voiture s’il le faut, cher ami. »

Le cœur manqua à Rawdon pour exécuter cette dernière manœuvre. Quand les voitures se rencontrèrent de nouveau, il se leva debout dans son phaéton, porta la main à son chapeau, tout prêt à saluer et regardant de tous ses yeux. Cette fois la figure de miss Crawley n’était pas tournée de l’autre côté ; elle et mistress Bute jetèrent sur leur neveu un coup d’œil inexorable. Le malheureux retomba sur son siége, en proférant un énorme juron, enfila une allée de côté et rentra chez lui le désespoir dans l’âme.

Ce fut pour mistress Bute un brillant et décisif triomphe ; mais elle comprit le danger qu’il y aurait à s’exposer à de nouvelles rencontres, en voyant la surexcitation nerveuse où se trouvait miss Crawley. Elle parvint à convaincre sa chère amie que, pour le bien de sa santé, elle devait quitter la ville pour quelque temps, et elle appuya fortement auprès d’elle en faveur de Brighton.


CHAPITRE XX.

Le capitaine Dobbin négociateur de mariage.

Le capitaine Dobbin se trouva, sans savoir comment, ministre plénipotentiaire pour la conclusion du mariage entre George Osborne et Amélia. Sans lui cette union n’eût jamais eu lieu ; il ne pouvait trop se l’avouer à lui-même, et il lui venait sur les lèvres un amer sourire, à la pensée que, parmi tant d’autres, le sort l’avait précisément chargé du soin de faire réussir ce mariage. La conduite de cette affaire était peut-être la plus pénible tâche qui pût lui être imposée ; mais, toutes les fois que le capitaine Dobbin se trouvait en face d’un devoir, il marchait droit au but, sans beaucoup de paroles ni d’