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repos et promenades pour le plus grand bien de sa belle-sœur souffrante, et si pénétrée de la gravité du malaise de la vieille dame que, pour un peu, elle eût été commander son cercueil.

Un jour, en tête à tête avec M. Clump, le fidèle apothicaire, elle entra dans quelques détails sur le dévouement dont elle faisait preuve, sur les résultats qu’elle en espérait pour cette santé si précieuse et si chère.

« Mon cher monsieur Clump, disait-elle, je puis me donner ce témoignage de n’avoir négligé aucune tentative pour rendre la santé à notre chère malade, que l’ingratitude de son neveu a conduite à ce lit de souffrance. Aucune fatigue ne m’effrayera, aucun sacrifice ne me fera reculer.

— Votre dévouement, il faut l’avouer, est admirable, dit M. Clump avec un profond salut, mais…

— Je n’ai pas fermé l’œil depuis mon arrivée. Sommeil, santé, bien-être personnel, j’ai tout mis de côté en présence d’un seul sentiment, celui du devoir. Quand mon pauvre James a eu la petite vérole, je n’ai point confié à des mains mercenaires le soin de ce cher enfant, oh non !

— Vous êtes une bien bonne mère, chère madame, la meilleure des mères, mais…

— Comme mère de famille, comme femme d’un ministre de l’Église anglaise, j’ai l’humble confiance de suivre la bonne voie, dit mistress Bute avec un ton béat et pénétré. Tant que le moindre souffle animera mon être, jamais, Monsieur Clump, jamais je n’abandonnerai le poste du devoir. D’autres ont pu conduire à ce lit de souffrance cette vénérable femme et chagriner ses cheveux blancs… »

En même temps par un mouvement oratoire, mistress Bute indiquait du geste le devant de cheveux couleur café accroché à un clou du cabinet de toilette.

« Mais moi on me trouvera toujours assise à ce chevet. Ah ! monsieur Clump, je ne le sais que trop, cette couche a autant besoin des secours spirituels que de ceux du médecin.

— J’allais vous faire remarquer, ma chère madame, se décida à dire M. Clump d’une voix doucereuse, j’allais vous faire observer, quand vous avez donné un libre cours à des sentiments qui vous font honneur, que précisément vous vous alarmez à tort