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à la grande indignation de l’hôtesse scandalisée, de son mariage avec sa femme, retardé jusqu’aux derniers moments de la malheureuse, que l’hôtesse ne pouvait même pas voir en peinture ; des manières vives et délurées de sa fille ; de l’hilarité qu’elle excitait par son talent à tourner tout le monde en caricature ; c’était elle qu’on envoyait chercher le genièvre au cabaret, et on la connaissait dans tous les ateliers du quartier. En somme, mistress Bute recueillit les détails les plus complets sur la parenté, l’éducation et le caractère de sa nouvelle nièce. Rebecca n’eût peut être pas été fort aise d’apprendre le résultat de l’enquête dont elle était l’objet.

Ces recherches si habilement dirigées profitaient ensuite à l’instruction de miss Crawley. On lui disait que mistress Rawdon Crawley était la fille d’une danseuse d’Opéra ; qu’elle-même avait exercé cette profession ; qu’elle avait servi de modèle chez les peintres ; qu’elle avait été élevée de manière à devenir la digne fille de sa mère ; qu’elle buvait le petit verre avec son père, etc., etc. ; qu’enfin c’était une femme perdue qui avait épousé un homme non moins perdu. Et la moralité de la fable était, d’après mistress Bute, qu’il n’y avait plus rien de bon à faire de ces deux êtres, et qu’une personne respectable ne pouvait consentir à voir de tels fripons.

Telles étaient les pièces de campagne dont mistress Bute s’entourait à Park-Lane, les provisions et les munitions de guerre qu’elle amassait dans la place, en prévision du siége que Rawdon et sa femme ne manqueraient pas de faire subir à miss Crawley.

S’il y avait un reproche à adresser à mistress Bute, c’était d’apporter trop d’ardeur dans l’exécution de ses plans. Ses soins étaient peut-être excessifs ; elle faisait miss Crawley plus malade qu’elle n’était en réalité. Bien que sa parente courbât la tête sous le joug, elle ne demandait pas mieux que d’échapper le plus tôt possible à une servitude si rigoureuse et si assommante. Ces femmes à l’esprit dominateur, qui prétendent mieux savoir que les parties intéressées ce qui convient à leurs voisins, ont le grand tort de compter sans les éventualités d’une révolte domestique ou les fâcheux résultats d’un abus d’autorité.

Nous donnons comme exemple mistress Bute, animée des meilleures intentions, compromettant sa santé à force de veilles, négligeant