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aides de camp de sa tante. Il témoignait au contraire pour ce couple féminin le mépris le plus prononcé. Tantôt il faisait tirer ses bottes par Firkin, et tantôt, malgré une pluie battante, il la chargeait des commissions les plus puériles. Lui donnait-il une guinée, il la lui jetait à la face ni plus ni moins qu’un soufflet. À l’imitation de sa tante, le capitaine se servait de Briggs comme d’un plastron ; il l’accablait de plaisanteries à peu près aussi délicates et aussi légères qu’un bon coup de pied de cheval.

Mistress Bute, au contraire, la consultait sur toutes les questions de goût, dans toutes les affaires difficiles ; elle admirait son talent poétique, et par ses politesses et ses prévenances témoignait en quelle estime elle tenait miss Briggs. Faisait-elle à Firkin un présent de six liards, elle l’accompagnait de tant de compliments que dans le cœur reconnaissant de la femme de chambre les six liards se changeaient en or ; sans compter qu’elle caressait pour l’avenir les plus magnifiques espérances. Il fallait seulement pour cela voir mistress Bute à la tête de la fortune à laquelle elle avait tant de droits.

Ayez des louanges pour tout le monde, c’est un conseil à ceux qui débutent dans la vie. Ne faites jamais les incorruptibles, mais donnez de l’encensoir aux gens, quand vous devriez leur casser le nez ; louez-les encore par derrière, s’il y a chance qu’ils vous entendent ; ne laissez jamais échapper l’occasion de dire un mot aimable. Faites enfin comme ce propriétaire qui ne voyait jamais un coin inoccupé de ses terres sans prendre aussitôt dans sa poche un gland pour l’y planter ; semez ainsi vos compliments dans la vie. Un gland, c’est peu de chose ; mais il pourra quelque jour produire une grosse pièce de bois.

Pendant la durée de sa faveur, Rawdon Crawley n’obtenait qu’une soumission forcée ; après sa disgrâce, il ne trouva personne pour le plaindre ou l’assister. Bien au contraire, quand mistress Bute prit le commandement chez miss Crawley, la garnison fut charmée de se trouver sous un pareil chef, attendant tout l’avancement possible de ses promesses, de ses générosités et de ses paroles doucereuses.

Mistress Bute Crawley était loin de se bercer d’illusions sur les projets de l’ennemi ; elle s’attendait à un assaut de sa part pour reconquérir la position perdue. Elle connaissait toute l’habileté