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La catastrophe du bon M. Sedley ne l’attrista pas autrement. Il essayait son nouvel uniforme, qui lui allait à merveille, le jour où se tint la première réunion des créanciers de l’infortuné vieillard. Son père lui avait dit que la frauduleuse et abominable conduite de ce banqueroutier le forçait à lui renouveler ses injonctions au sujet d’Amélia, et que c’en était fini pour toujours des projets de mariage. Il lui compta ce soir-là une somme assez ronde pour payer son uniforme et ses épaulettes, qui lui donnaient si bonne mine. Ce jeune homme, peut-être trop libéral, faisait toujours bon accueil à l’argent, et il accepta sans plus de cérémonie la généreuse gratification de son père. Les affiches de vente tapissaient déjà la maison Sedley, où il avait passé tant de journées heureuses. Il put les apercevoir en sortant le soir de chez son père pour se rendre chez le vieux Slaughter, où il descendait quand il venait à la ville ; la lune les éclairait de ses pâles rayons. Cette maison, où avait régné jadis le bien-être, était fermée pour Amélia et ses parents. Où cette malheureuse famille avait-elle trouvé un asile ? La pensée de leur désastre fit sur lui une impression profonde ; il fut très-sombre ce soir-là au café de Slaughter. Il but beaucoup, et ses camarades en firent la remarque.

Dobbin, étant survenu, voulut l’empêcher de boire. Mais Osborne lui dit qu’il buvait ainsi à cause de son excessive tristesse. Son ami le pressa alors de maladroites questions, et lui demanda s’il avait des nouvelles. Osborne refusa d’entrer dans aucun détail, disant seulement qu’il avait l’esprit tout bouleversé et qu’il était bien malheureux.

Trois jours après, Dobbin vint voir Osborne dans sa chambre, à la caserne. Il avait la tête appuyée sur la table ; des papiers étaient jetés pêle-mêle autour de lui. Le jeune capitaine semblait en proie au plus grand abattement.

« Elle m’a renvoyé tout ce que je lui ai donné, tous ces petits souvenirs ; voyez un peu ! »

Il lui montra du doigt un paquet de lettres d’une écriture bien connue du capitaine Dobbin, et puis plusieurs petits objets jetés au hasard ; une bague, un couteau d’argent qu’il avait achetés pour elle à une foire, quand ils étaient enfants ; une chaîne d’or et un médaillon renfermant de ses cheveux.

« Tout est là, disait-il d’une voix traînante et éteinte. Tenez cette lettre, Will : vous pouvez lire, si vous voulez. »