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ses deux petites mains blanches et lisses comme le satin, elle le regardait en face avec une expression de tendresse et de confiance. La porte s’ouvrit alors, et miss Crawley apparut sur le seuil.

Mistress Firkin et miss Briggs s’étaient trouvées par hasard à la porte du salon, comme le baronnet et Rebecca entraient dans cette pièce, et par hasard aussi elles avaient vu, à travers le trou de la serrure, le vieux bonhomme aux pieds de la gouvernante, et entendu ses offres généreuses. À peine avait-il fini que mistress Firkin et miss Briggs s’étaient élancées sur l’escalier, et, se précipitant dans la chambre où miss Crawley lisait son roman français, avaient apporté à cette vieille dame l’étourdissante nouvelle que sir Pitt, à genoux, faisait une déclaration à miss Sharp. Si vous calculez le temps nécessaire pour que le susdit dialogue ait pu s’achever, pour que miss Briggs et mistress Firkin soient grimpées jusqu’à l’étage supérieur, le temps nécessaire à miss Crawley pour s’étonner, laisser tomber son volume de Pigault-Lebrun et enfin descendre les escaliers, vous reconnaîtrez l’exacte précision de cette histoire et comment miss Crawley dut se présenter à la porte de la salle, au moment où Rebecca se trouvait dans une attitude suppliante.

« C’est la dame qui est à genoux et non pas le monsieur, dit miss Crawley avec un regard et une expression de dédain. On me disait que vous étiez à genoux, sir Pitt : mettez-vous donc encore à genoux, et voyons un peu le joli tableau que cela fait.

— J’ai remercié sir Pitt, madame, dit Rebecca en se relevant, et je lui ai dit que jamais je ne pourrais devenir lady Crawley.

— Comment ! vous avez refusé ses offres ? » dit miss Crawley tout ébahie.

Briggs et Firkin, se tenant sur la porte, ouvraient les yeux d’étonnement et la bouche de stupéfaction.

« Oui, je l’ai refusé, continua Rebecca d’une voix triste et larmoyante.

— Mais dois-je en croire mes oreilles, sir Pitt ? et lui auriez-vous fait une déclaration formelle ? demanda la vieille dame.

— Oui, dit le baronnet, c’est la vérité.