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et au même instant entra M. Bowls, le gros sommelier de miss Crawley, qui, pour dire vrai, avait écouté au trou de la serrure la plus grande partie de la conversation. Le capitaine sortit en tordant ses moustaches, et enfourcha son cheval qui piaffait toujours sur la paille, à la grande admiration des gamins amassés dans la rue.

Il fit faire de gracieuses courbettes à son cheval, tout en jetant un dernier coup d’œil vers la fenêtre de la salle à manger, où s’était montrée un instant, pour disparaître presque aussitôt, la figure de la jeune personne dont nous venons de parler ; elle retournait sans doute à l’étage supérieur pour y donner ses soins inspirés par pure charité.

Quelle pouvait être cette jeune femme ? c’est à vous que je le demande. Le soir même était servi dans la salle à manger un petit dîner pour deux personnes : mistress Firkin, la femme de chambre de miss Crawley, se rendit alors auprès de sa maîtresse et y fit ses embarras en l’absence de la nouvelle garde-malade, assise en compagnie de miss Briggs devant un simple mais appétissant dîner.

Briggs était dominée par une trop vive émotion pour avoir la force d’avaler un morceau. La même jeune personne découpa une volaille avec une adresse remarquable et demanda la sauce d’une voix si bien articulée que la pauvre Briggs, qui l’avait devant elle, sauta sur sa chaise, faillit casser la saucière et retomba de nouveau dans son état d’affaissement et de torpeur.

« Vous ne feriez pas mal de donner un verre de vin à miss Briggs, dit la même personne à M. Bowls, le gros domestique de confiance. »

Il obéit à cet ordre ; miss Briggs prit le verre machinalement, l’avala de même, puis poussa un soupir et se mit à jouer avec son poulet sur son assiette.

« Je crois que nous pourrons faire notre service nous-mêmes, n’est-ce pas, miss Briggs ? dit la même personne avec un organe caressant ; nous vous remercions de vos bons offices, maître Bowls, et, si cela vous est égal, nous sonnerons quand nous aurons besoin de vous. »

Le sommelier descendit, et, chemin faisant, il accabla des plus horribles malédictions un pauvre domestique son subordonné.