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les jupons de miss Sedley, il n’en allait pas plus souvent pour cela chez Amélia, malgré toutes les suppositions possibles. Plus d’une fois, le capitaine Dobbin étant allé rendre visite à son ami, miss Osborne (cette demoiselle accordait au capitaine une attention particulière et aimait beaucoup à entendre ses histoires militaires et à apprendre des nouvelles de sa chère maman), miss Osborne lui désignait en riant l’autre côté du Square et lui disait :

« Oh ! pour trouver George, vous n’avez qu’à aller chez les Sedley ; nous ne le voyons plus de la journée. »

Alors le capitaine prenait un rire maladroit et contraint et détournait la conversation, comme un homme qui a un grand usage du monde, sur quelque lieu commun d’un intérêt général, comme l’Opéra, le dernier bal du prince à Carlton-House, la pluie et le beau temps, cette suprême ressource des salons.

« Qu’il est innocent votre bien-aimé ! disait Maria à miss Jane après le départ du capitaine ; avez-vous remarqué sa rougeur quand je lui ai parlé de George occupé à faire sa cour ?

— C’est dommage que Frédérick Bullock n’ait pas un peu de sa retenue, Maria, répliqua la sœur aînée avec un hochement de tête.

— De la retenue ! vous voulez dire de la gaucherie, Jane. Je n’ai pas besoin que Frédérick vienne faire un accroc à ma robe de mousseline, comme le capitaine Dobbin à la vôtre chez MM. Perkins.

— À votre robe, lui, lui ! demanda miss Wirt ; comment a-t-il fait cela ? Est-ce qu’il ne dansait pas avec Amélia ? »

De fait, lorsque le capitaine Dobbin rougissait et regardait d’une façon si gauche, c’est qu’il pensait à quelque chose dont il ne jugeait pas à propos d’informer ces jeunes dames, à savoir qu’il avait déjà passé par la maison de M. Sedley, sous le prétexte tout naturel de voir George. George n’y était point, et Dobbin avait trouvé la pauvre petite Amélia toute seule, assise à la fenêtre du salon, avec un air triste et pensif.

Après quelques paroles insignifiantes et banales, elle s’était aventurée à demander s’il était vrai que le régiment eût reçu un ordre de départ prochain, et si le capitaine Dobbin avait vu M. Osborne ce jour-là.