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bouffée, poussa un petit cri accompagné d’un léger sourire, puis le rendit au propriétaire. Celui-ci retroussa sa moustache, aspira fortement, et le petit brasier portatif jeta un reflet rouge sur les arbres voisins.

« Morbleu ! l’excellente cigale ! c’est la meilleure que j’aie fumée de ma vie ! morbleu ! »

Son esprit et sa conversation avaient en verve et en éclat tout ce qu’on pouvait attendre d’un dragon peu civilisé.

Le vieux sir Pitt, tout en fumant sa pipe, en prenant sa bière et en épiloguant avec John Horrocks sur le mouton destiné au couteau, épiait le jeune couple de la fenêtre de son cabinet. Avec d’épouvantables jurons il protesta que, si ce n’était pour miss Crawley, il prendrait Rawdon par les deux épaules et le jetterait à la porte comme un drôle qu’il était.

« Bien sûr que ce n’est là qu’un mauvais garnement, faisait M. Horrocks, et son valet Flethers est encore pis. L’autre jour il a fait du train dans la chambre de l’intendante à cause des dîners et de la bière, comme pas un maître n’en aurait fait, reprenait le complaisant Horrocks ; mais miss Sharp est bonne pour lui répondre, sir Pitt, » continua-t-il après une pause.

Eh oui ! sans doute, au père comme au fils.


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CHAPITRE XII.


Où l’on fait du sentiment.

Nous allons maintenant quitter ce séjour pastoral et ces honnêtes personnes pratiquant les vertus champêtres pour nous transporter à Londres et voir ce qu’y devient miss Amélia.

« C’est la moindre de nos préoccupations, » nous écrit un correspondant inconnu avec les déliés les plus délicats et un cachet de cire rouge, « Elle est fade et monotone. » On ne s’arrêterait pas si l’on voulait aller jusqu’au bout dans cette charitable litanie.

Mais bien que certaines personnes pour lesquelles je professe le plus profond respect m’aient souvent dit que miss Brown est une