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e Rawdon, malgré la simplicité de mon costume, m’a choisie pour danseuse !

Lorsque mistress Bute Crawley, dont l’adroite Rebecca avait pénétré les artifices, eut obtenu de miss Sharp la promesse d’une visite, elle pria la toute-puissante miss Crawley de demander l’approbation indispensable de sir Pitt. Cette excellente vieille femme, toujours de bonne humeur et désireuse de voir la gaieté et la joie autour d’elle, fut enchantée de cette occasion d’affermir et de cimenter une réconciliation entre ses deux frères. Il fut donc décidé que la jeunesse des deux familles se rendrait à l’avenir de fréquentes visites. Cette amitié dura tout le temps que la vieille et joyeuse médiatrice se trouva là pour maintenir la paix.

« Pourquoi avez-vous invité à dîner cet effronté de Pety Crawley ? dit le directeur à sa femme tandis qu’ils regagnaient leur logis à travers le parc. Je n’ai que faire de ce drôle ; il nous traite, nous autres gens de campagne, comme de Turc à Maure. Il n’est content que lorsqu’il attrape mon vin à cachet jaune qui me coûte dix schellings la bouteille. Comme si c’était pour lui ! Avec cela il a une tête infernale. C’est un joueur, un ivrogne, un débauché dans toute la force du terme. Il a tué un homme en duel ; il a des dettes par-dessus les oreilles ; il m’a volé la meilleure part de l’héritage de miss Crawley. La sœur (et ici le ministre, après avoir montré le poing à la lune avec l’air d’un homme qui prête serment, continua d’une voix mélancolique), la sœur assure qu’elle l’a couché sur son testament pour cinquante mille livres ; c’est tout au plus s’il y en aura trente mille à partager.

— Elle me fait l’effet de s’en aller, dit la femme du ministre ; sa figure était toute rouge quand nous sommes sortis de table. J’ai été obligé de la délacer.

— Elle a bu sept verres de champagne, dit à voix basse le révérend ; et quel champagne ! mon frère veut nous empoisonner. Mais vous autres femmes, vous ne vous y connaissez pas.

— Nous n’y entendons rien, c’est vrai, dit mistress Bute Crawley.

— Elle a bu de l’eau de cerises après dîner, continua le révérend, et a pris son curaçao avec son café. Je n’en voudrais pas prendre un petit verre pour cinq livres sterling ; il y a de quoi