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honnêtes, vous leur accorderez votre estime et une poignée de main ; s’ils sont niais et bêtes, le lecteur pourra en rire plus à son aise et tout bas dans sa barbe ; s’ils sont dépravés et sans cœur, oh ! alors nous les attaquerons avec toute l’énergie que permet la politesse.

Autrement vous pourriez m’attribuer à moi les moqueries dédaigneuses de miss Sharp en présence de ces pratiques de dévotion qu’elle trouve si ridicules, son rire insolent à la vue du baronnet ivre comme le vieux Silène. Loin de là, au contraire, ce rire part d’une personne qui n’a de respect que pour l’opulence, d’admiration que pour le succès. On en voit beaucoup de cette espèce vivre et réussir dans le monde, gens auxquels il manque la foi, l’espérance et la charité. Attaquons-les, mes chers amis, sans relâche ni merci. Il y en a d’autres encore qui ont pour eux le succès, mais chez eux tout est sottise et platitude ; c’est pour les combattre et les marquer qu’on nous a donné le ridicule.


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CHAPITRE IX.


Portraits de famille.


Sir Pitt Crawley était un philosophe aux goûts peu relevés. Son premier mariage avec la fille du noble Binkie avait été uniquement l’ouvrage de ses parents, et il avait souvent répété à lady Crawley, pendant leur hyménée, qu’elle était une carogne d’humeur si hargneuse et si fière, qu’à sa mort il ne se laisserait plus prendre à s’embarrasser d’une autre femme de sa caste. Au décès de milady il tint parole et prit pour seconde femme miss Rose Dawson, fille de John-Thomas Dawson, quincaillier de Mudbury. Voilà une Rose bien heureuse de devenir ainsi milady Crawley !

Mais faisons un peu l’inventaire de son bonheur. D’abord, elle dut rompre avec Peter Butt, brave jeune homme qui lui avait fait une cour assidue, et qui dès lors se livra au braconnage, à la contrebande et autres mauvais métiers. Ensuite, elle