Page:Thackeray - La Foire aux vanites 1.djvu/104

Cette page n’a pas encore été corrigée


du dîner. Le repas terminé, on plaça une cafetière d’eau chaude devant sir Pitt, avec un flacon renfermant, je pense, du rhum. M. Horrocks servit à moi et à mes élèves trois petits verres à liqueur, et on versa un grand verre plein à milady.

« Au sortir de table, elle tira de sa boîte à ouvrage une immense et interminable pièce de tricot, et les jeunes filles se mirent à jouer à la bataille avec un jeu de cartes couvert de crasse. Il n’y avait qu’une chandelle allumée, mais dans un magnifique et vieux bougeoir d’argent. Après quelques courtes questions de milady, elle me laissa le choix pour me distraire entre un volume de sermons et une brochure sur les céréales, celle que M. Crawley lisait avant dîner.

« Nous restâmes assis de la sorte pendant une heure. Un bruit de pas se fit alors entendre.

« Cachez vos cartes, mes enfants, s’écria milady tout effarée ; mettez-les derrière les livres de M. Crawley, miss Sharp. »

« À peine ces ordres étaient-ils exécutés, que M. Crawley entra dans la chambre.

« Nous allons, dit-il, mesdemoiselles, reprendre le discours d’hier à l’endroit où nous l’avons laissé, et chacune de vous lira à son tour. Ce sera pour miss… miss Chart une occasion de vous entendre. »

« Les pauvres filles commencèrent à écorcher un long et mortel sermon, prononcé à Liverpool, dans la chapelle de Bethesda, pour l’œuvre de la mission chez les sauvages Chickasaw. L’aimable emploi de la soirée !

« À dix heures, on donna l’ordre au domestique d’avertir sir Pitt et toute la maison pour la prière. Sir Pitt arriva le premier, la figure enluminée et gardant peu d’aplomb dans son assiette ; après lui, le sommelier, puis les canari, puis le valet de M. Crawley, puis trois autres hommes exhalant une forte odeur d’écurie ; enfin quatre femmes, dont l’une, attifée avec une grande prétention, me jeta un regard de mépris en tombant lourdement sur ses genoux.

« Après une instruction pathétique de M. Crawley, on nous donna des chandelles, et tout le monde alla se coucher. C’est alors, comme je vous en ai fait part plus haut, que je fus troublée dans ma composition, ma très-chère et très-douce Amélia.

« Bonne nuit et mille millions de baisers !