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devant sa petite miniature. Cette miniature finit par m’impatienter, et je voudrais pour notre plus grand bien n’avoir jamais connu ces Osborne si bouffis de leurs écus. »

Les jeunes années de George se passaient ainsi dans ce petit cercle sans être jamais troublées par de bien graves incidents. En grandissant il devenait irascible, impérieux comme tous les enfants gâtés par les femmes, il exerçait un empire sans bornes sur sa faible mère qu’il aimait de toutes les forces de son âme. Il régnait dans la maison en véritable petit despote, tout le monde y subissait sa dépendance, on était tout surpris de le voir prendre avec l’âge les manières hautaines et le ton dominateur de son père. Dans les questions qu’il faisait à tort et à travers suivant l’usage de tous les enfants, son grand-père admirait la profondeur de ses remarques et la précocité de son intelligence, et le soir, à sa taverne, il racontait les merveilles de ce petit génie en herbe. L’avis des parents était qu’on aurait vainement cherché son pareil dans l’univers ; le fils avait hérité de tous les superbes dédains du père, et peut-être les trouvait-on justifiés chez lui.

Lorsque l’enfant eut atteint ses six ans, Dobbin commença avec lui une correspondance réglée. Le major voulut savoir si Georgy allait à l’école ; il témoignait, dans ce cas, l’espérance que son filleul ne manquerait pas d’y prendre tout de suite une place honorable. Peut-être lui donnerait-on un précepteur chez ses parents. Enfin il était d’âge à travailler comme un grand garçon, et son parrain annonçait l’intention de prendre à sa charge tous les frais de son éducation beaucoup trop lourds pour les minces ressources de sa mère. Il était facile de reconnaître que toutes les pensées du major se concentraient plus que jamais sur Amélia et son petit garçon. Par l’entremise de ses agents, Dobbin avait soin que Georgy ne manquât point d’albums, de boîtes à couleurs, de pupitres et autres objets nécessaires soit à ses plaisirs, soit à son instruction. Trois jours avant le sixième anniversaire de la naissance de George, un monsieur en cabriolet, escorté d’un domestique, s’arrêta devant la maison de M. Sedley et demanda à voir maître George Osborne : c’était M. Woolsey, tailleur de l’armée, qui venait sur l’ordre du major prendre mesure d’un habillement complet au petit George ; il se rappelait fort bien avoir eu l’honneur de travailler pour le capitaine, le père du jeune homme.