Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/67

Cette page n’a pas encore été corrigée


air grave et la rondeur de ses mollets lui valurent un avancement rapide, et il passa successivement du grade de desservant d’office à celui de valet de pied, et de celui de valet de pied aux fonctions de sommelier en chef. Après avoir été un certain nombre d’années à la tête de la maison de miss Crawley, place excellente pour les gages, les profits et les occasions d’épargne, il annonça l’intention d’épouser l’ancienne cuisinière de miss Crawley qui exerçait alors avec un égal succès la profession de blanchisseuse et celle de fruitière dans une petite boutique du voisinage. La célébration clandestine de ce mariage remontait déjà à plusieurs années lorsque la première nouvelle en arriva aux oreilles de miss Crawley. La présence continuelle à la cuisine d’un petit garçon et d’une petite fille de sept à huit ans avait fini par éveiller l’attention de miss Briggs, qui avait été reporter ses soupçons à sa maîtresse.

Lorsque M. Raggles eut quitté le poste qu’il remplissait auprès de miss Crawley, il reporta toute sa sollicitude sur sa boutique et sur ses légumes. Il ajouta encore aux objets de son débit des œufs, de la crème, du lait, du porc frais, se bornant à vendre modestement les produits de la campagne, tandis que les autres sommeliers retirés tenaient café et commerce de vins et liqueurs. Comme M. Raggles était dans les meilleurs termes avec tous les sommeliers du voisinage et leur faisait les honneurs de son arrière boutique, décorée avec tout le luxe d’un boudoir, il trouvait facilement le moyen de placer son lait, sa crème et ses œufs auprès de ses confrères, et à la fin de chaque année, en faisant son inventaire, il pouvait constater une augmentation de bénéfices.

Au sein de cette existence modeste et paisible, il était parvenu, peu à peu, à amasser quelque argent. Aussi, lorsque le joli logement de garçon, situé au n° 201, Curzon-Street May-fair fut mis aux enchères, par suite du départ à l’étranger de l’honorable Frédéric Deuceace, pour être vendu avec son riche mobilier provenant des premiers artistes de Londres, nul autre, entendez-vous, nul autre que Charles Raggles ne pouvait songer à se rendre adjudicataire de la maison et de son ameublement. Il emprunta à la vérité, pour parfaire son petit capital, de l’argent à un intérêt assez élevé, à un autre sommelier, mais il paya la plus grosse part sur ses propres économies. Mistress Raggles ressentit un certain orgueil, lorsqu’un beau jour elle