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en reste de sentiment ; elle l’accrocha dans sa chambre, à la grande surprise et au grand divertissement de beaucoup de gens, mais surtout à la grande satisfaction de l’original qui n’était autre que notre ami Jos. À son arrivée chez les Sedley, notre petite intrigante n’avait apporté avec elle qu’un bagage fort mince et fort piteux ; et, honteuse sans doute de l’exiguïté de ses paquets et du petit nombre de ses cartons, elle parlait sans cesse du bagage qu’elle avait laissé derrière à Leipsick, et qui devait lui arriver d’un moment à l’autre. Défiez-vous d’un voyageur qui n’a d’autre bagage que celui qu’il dit avoir laissé en route ; c’est presque toujours un imposteur.

Joseph et Emmy ignoraient malheureusement cette haute vérité. Peu leur importait que Becky possédât une provision de splendides toilettes dans des boîtes invisibles ; ils ne voyaient qu’une chose, c’est que les robes qu’elle portait étaient fort usées. En conséquence, Emmy se transporta chez la meilleure modiste de la ville, y choisit tout ce qui était nécessaire pour reconstituer à son amie une garde-robe complète. On ne lui vit plus ces fichus déchirés et ces robes de soie tachées qui lui couvraient à peine les épaules. En changeant d’habit, Becky changea aussi de genre de vie. Le pot de rouge fut laissé dans un coin ; et l’autre spécifique puissant auquel elle demandait autrefois ses consolations, fut également mis de côté, ou tout au moins, elle ne s’en permit plus l’usage que dans le secret de ses méditations solitaires, ou bien lorsque Jos, par une belle soirée d’été, alors qu’Emmy et son fils étaient à la promenade, la forçait à prendre avec lui de l’eau-de-vie étendue d’eau.

Enfin arrivèrent de Leipsick les malles et les paquets si vantés ; mais ce bagage se composait au total de trois ou quatre boîtes qui n’étaient pas des plus magnifiques et étaient loin de contenir les somptueuses toilettes annoncées avec tant de soin par Becky. De l’une de ces boîtes, au milieu d’une masse de papiers qui n’étaient autres que ceux au milieu desquels Rawdon Crawley avait, dans ses transports furieux, découvert les bank-notes tenus en réserve par Becky, celle-ci tira toute joyeuse un tableau qu’elle accrocha aux murs de sa chambre, après quoi elle alla quérir maître Jos. Ce dessin à la mine de plomb représentait un monsieur à la figure rose, qui, monté sur un éléphant, sortait d’une touffe de cacaoyers. Dans le fond on apercevait une pagode. La scène était évidemment dans les Indes.