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Après le dîner, Georgy s’étendit sur un canapé tout proche de la fenêtre, ayant vue sur la place du marché. Georgy regardait ce qui se passait dehors, tandis que sa mère s’occupait à ranger d’un autre côté, tout à coup il s’aperçut qu’il y avait grand mouvement dans l’hôtel occupé par le major.

« Hélas ! dit-il, voilà le voiturin de Dobbin que l’on sort de la remise. » Ce voiturin avait été acheté par Dobbin, moyennant six livres sterling, et lui avait valu de la part de ses amis un feu roulant de plaisanteries.

Emmy tressaillit sans rien dire.

« Hé ! hé ! continua George, voici François qui sort avec le porte-manteau, et Kunz, le postillon borgne, qui traverse le marché avec ses trois rosses ; le voilà avec ses grandes bottes et sa veste jaune. Il y a donc quelqu’un qui s’en va ? Mais ils mettent les chevaux à la voiture de Dobbin : le major va donc partir ?

— Oui, dit Emmy, il part en voyage.

— En voyage ! et quand reviendra-t-il ?

— Jamais, répondit Emmy.

— Non, il ne partira pas ! s’écria le petit Georgy en s’agitant sur le canapé.

— Allez-vous vous tenir tranquille, monsieur ! lui cria Jos.

— Je vous défends de sortir, Georgy, » lui dit sa mère avec une expression de tristesse.

L’enfant s’arrêta, frappa du pied, puis, sautant et s’agitant sur le canapé, il donna tous les signes de l’impatience et de la curiosité.

Les chevaux furent attelés, les bagages chargés sur la voiture ; François apporta l’épée, la canne et le parapluie de son maître, tout cela lié ensemble ; il les plaça dans le filet, mit à côté de lui sur le siége le nécessaire de voyage et l’étui du chapeau à cornes. François sortit encore le vieux manteau de drap bleu doublé de serge rouge qui, depuis quinze ans, tenait fidèle compagnie à son propriétaire ; il était tout neuf à la campagne de Waterloo, et avait couvert George et William la nuit qui avait suivi l’affaire des Quatre-Bras.

Le propriétaire de l’hôtel vint à son tour donner un coup d’œil à la voiture. François apporta ensuite le reste des bagages ; Dobbin parut enfin. Le maître de l’hôtel pleurait presque de le voir partir ; le major était adoré de tous ceux avec qui il était en