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dérobée, et notre petite tragédienne put jouir de l’effet produit sur celle qui l’écoutait par le petit drame qu’elle venait d’inventer.

Le major, fatigué d’attendre la fin de cette conversation dans cet étroit couloir où il heurte sans cesse son chapeau contre les poutres du toit, et ne voulant pas cependant l’interrompre, descend au rez-de-chaussée dans la grande salle commune à tous les habitants de l’hôtel. L’atmosphère de cette pièce est un épais nuage de fumée au milieu duquel, dans la journée, se vide plus d’un verre de bière. Sur une table grasse et noirâtre sont placés des chandeliers de cuivre, garnis d’un bâton de suif et rangés au-dessous des clous qui portent la clef des voyageurs. Emmy avait passé en rougissant à travers ces brouillards flottants, au milieu desquels on trouvait rassemblé un ramassis de gens les plus divers, des colporteurs avec leurs balles, des étudiants qui mordaient après des tartines de beurre et de gros morceaux de viande, des oisifs qui jouaient aux cartes ou aux dominos sur des tables humides de bière, des jongleurs ambulants qui se rafraîchissaient dans l’intervalle de leurs exercices. Tel était le public de cet endroit qui, les jours de fête, se presse dans toutes les auberges allemandes, au milieu de la fumée et du tapage. Le garçon apporta un pot de bière au major qui, tirant un cigare de sa poche, chercha dans la combustion de ce sournois végétal et dans la lecture du journal les moyens de prendre patience jusqu’au moment où il serait rappelé à ses devoirs de cavalier servant.

Hans et Fritz descendirent au même instant le chapeau sur l’oreille, faisant retentir leurs éperons sur les dalles de pierre. Ils avaient des pipes magnifiques ornées de trophées d’armes sculptés. Ils accrochèrent leur clef au n° 90, après quoi demandant du beurre, du jambon et de la bière, ils s’assirent à côté du major et se mirent à causer des duels et des défis à boire de l’université de Schoppenhausen, fort renommée par la force des études, et d’où ils arrivaient avec Becky, comme le faisait assez voir leur conversation, afin d’assister aux fêtes du mariage données à Poupernicle.

« La petite fierge d’Erin barait edre en bays de gonnaissance, dit Hans qui savait un peu le français ; quand le crand baba s’est en allé il est venu une bétite combadriote à elle, et je les ai entendues pavarder et chacasser ensemble.