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Il n’en répondit pas moins par une lettre fort respectueuse à mistress Rebecca, qui se trouvait alors dans un hôtel de Florence. Mais n’anticipons point sur les événements.

Dans son premier vol, l’intéressante Becky n’avait pas été s’abattre bien loin. Après avoir traversé le détroit, elle s’était arrêtée à Boulogne, asile ouvert à toutes les innocentes créatures méconnues par d’injustes concitoyens ; là, elle prit une femme de chambre et deux pièces dans un hôtel et mena une existence assez agréable en se faisant passer pour veuve. À la table d’hôte elle s’était acquis une réputation d’amabilité, et racontait à ses voisins des histoires sur son frère sir Pitt et sur les hauts personnages qu’elle connaissait à Londres. Elle avait cette parole élégante et facile dont l’effet est immanquable sur les gens d’un rang inférieur.

Au milieu de cette société de second ordre, elle passait pour une personne qu’il ne fallait point traiter comme tout le monde ; elle invitait à venir prendre le thé dans sa chambre, et partageait tout comme les autres les innocentes distractions que cette localité offre à ses visiteurs, telles que les bains de mer, les courses en char à banc, les promenades sur la plage, les parties de spectacle. Mistress Burjoice, la femme de l’imprimeur, qui était venue se fixer à l’hôtel pour la saison d’été, et auprès de laquelle M. Burjoice se rendait très-exactement le samedi soir pour passer avec elle la journée du dimanche ; mistress Burjoice chantait partout les louanges de Becky. Mais ses éloges cessèrent un beau jour où Burjoice avait montré beaucoup trop de prévenances à l’égard de Becky. Les torts, n’en doutez point, étaient du côté de mistress Burjoice, car le seul reproche qu’on pût faire à Becky, c’était de se montrer peut-être trop accueillante et trop aimable, surtout à l’égard des hommes.

On était alors dans la belle saison, à cette époque de l’année qui, pour tous les Anglais, est le signal de déserter le sol natal et de se disperser sur la surface du globe habité. Becky put, de cette manière, juger plus d’une fois de quelle façon sa conduite était appréciée dans la haute société de Londres, au milieu de laquelle elle avait été naguère introduite. Un jour qu’elle se promenait sur la jetée de Boulogne, elle se trouva face à face avec lady Tartlet et ses filles, qui contemplaient les blanches falaises d’Albion se dessinant dans le lointain sur l’