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n’aurait pas cessé de l’aimer si elle avait continué à la voir, il faut être juste ; mais que voulez-vous ? dans une si vaste capitale que Londres, comment trouver assez de temps pour voir tous ses amis ? Quand ils disparaissent de la sphère où vous vivez, il faut bien continuer à y vivre, sans s’en inquiéter davantage. N’est-ce pas ainsi qu’il doit en être dans la Foire aux Vanités ?

Le temps que l’étiquette impose d’ordinaire aux douleurs humaines était à peine révolu pour mistress Osborne, que déjà elle voyait se presser autour d’elle cette société élégante et choisie qui ne comprend pas qu’il puisse exister des malheureux. Chacune de ces dames avait au moins dans sa parenté l’un des pairs du royaume, bien que leurs maris fussent tous des rogneliards de la Cité. Quelques-unes étaient de véritables bas-bleus possédant une haute instruction ; d’autres étaient de sévères observatrices de la loi évangélique, et patronnaient certains ministres. Emmy, il faut l’avouer, se trouvait fort dépaysée au milieu de toutes ces grandes dames, et elle fut au supplice pour deux fois qu’elle eut à accepter les invitations de mistress Frédérick Bullock.

Cette dame tenait à toute force à la patronner et s’était arrogé le soin de la former aux manières du grand monde. Elle imposa à Amélia ses marchandes de modes, et réglementa la tenue de sa maison et sa manière de se conduire. Sa voiture était constamment sur la route de Roehampton à Richmond, et elle tenait son amie au courant des commérages du monde élégant et des bruits de la cour. Jos prenait plaisir à ce bavardage ; mais le major s’en allait en grondant dès qu’il la voyait arriver avec ses prétentions gentilhommières.

Le major s’endormit un soir chez Frédérick Bullock, après un splendide dîner donné par le banquier et grâce auquel Frédérick espérait faire passer dans sa banque les fonds placés chez M. Rowdy, le banquier d’Osborne. Amélia, qui n’entendait rien au latin et ne savait point quel était le rédacteur de la dernière chronique de la Revue d’Édimbourg ; Amélia, qui ne déplorait pas autrement les hésitations de M. Peel au sujet du fameux bill de l’émancipation catholique ; Amélia, disons-nous, restait silencieuse au milieu de toutes les dames réunies dans le grand salon, et promenait ses regards errants sur la pelouse verdoyante, sur les allées sablonneuses du parc, et enfin sur les serres au vitrage étincelant des derniers feux du soir.