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« Combien a-t-il laissé à cette petite peste, demanda-t-il ; bien sûr, il ne lui aura pas donné la moitié de sa fortune ; il aura certainement fait un partage en trois portions égales. »

Il y avait bien là, en effet, un sujet de très-vive préoccupation ; mais qu’avait voulu dire le moribond, lorsqu’à deux ou trois reprises différentes, il avait inutilement cherché à parler ? Il désirait sans doute revoir Amélia, et avant de quitter ce monde, faire sa paix avec l’épouse fidèle et dévouée de son fils. Oh ! sans doute, car son testament était la preuve qu’il avait enfin écarté cette haine qui, si longtemps, avait rempli son cœur.

On trouva, après sa mort, dans sa robe de chambre, la lettre au grand cachet rouge que son fils lui avait écrite la veille de la bataille de Waterloo. Il avait aussi passé en revue d’autres papiers relatifs à toute cette affaire, car la clef du coffre où il les tenait serrés était encore dans sa poche, et les cachets des enveloppes qui les avaient renfermés étaient brisés de fraîche date ; probablement cela s’était passé la nuit qui avait précédé son attaque, et où le sommelier en lui apportant son thé, l’avait trouvé à lire dans son cabinet la grande Bible rouge de famille.

À l’ouverture du testament, on trouva que la moitié de sa fortune avait été laissée à George, et que le reste était partagé entre les deux sœurs. M. Bullock pouvait, à son choix, continuer les affaires au profit commun ou bien retirer sa part de la maison commerciale. Une rente de cinq cents louis, imputable sur la part de George était constituée à sa mère, « la veuve de mon bien-aimé fils George, Osborne, » avait écrit le vieillard, Amélia était de plus autorisée à reprendre son fils avec elle.

Le vieillard désignait le major Dobbin, « l’ami de son fils bien-aimé, » pour exécuteur testamentaire. « En reconnaissance de la noble assistance qu’il a prêtée à mon petit-fils et à sa mère en leur venant en aide avec ses propres ressources, je le prie d’accepter, avec l’expression de ma gratitude, la somme nécessaire pour acheter un brevet de lieutenant-colonel, si mieux il n’aime en disposer autrement. »

En apprenant que son beau-père avait ainsi, à ses derniers moments, déposé toutes ses préventions contre elle, Amélia se laissa aller à toutes les douceurs de la reconnaissance pour les dernières dispositions qu’il avait faites en sa faveur ; mais ses