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CHAPITRE XXIX.

Deux lampes qui s’éteignent.

La durée du deuil pour mistress Sedley était à peine arrivée à son terme, et Jos venait à peine de quitter ses habits noirs pour paraître sous le brillant costume qu’il aimait tant à revêtir, que déjà il fut facile de prévoir, à tous ceux qui entouraient M. Sedley, qu’un événement de même nature allait bientôt avoir lieu, et que le vieillard ne tarderait pas à rejoindre celle qui l’avait précédé dans sa triste et dernière demeure.

« L’état de santé de mon père, répétait souvent Jos Sedley à son club, m’empêche de vous traiter comme je l’aurais voulu, ou du moins, il faut remettre cela à l’année prochaine ; mais venez chez moi à six heures et demie, mon garçon, sans cérémonie, vous y trouverez la fortune du pot, et pour convives deux ou trois de nos vieux camarades, et cela tant qu’il vous plaira, et, toutes les fois, vous me ferez plaisir. »

C’est ainsi que Jos vidait avec ses amis la bouteille de bordeaux en petit comité et à petit bruit, tandis qu’à l’étage supérieur les dernières étincelles de la vie s’éteignaient insensiblement chez son vieux père. Après avoir bien bu pendant le dîner, on se mettait à faire un rob en quittant la table. Quelquefois, le major Dobbin prenait aussi les cartes, et mistress Osborne faisait de temps à autre quelques courtes apparitions après avoir assisté au coucher de son malade, et lorsqu’il était en proie à un de ces sommes légers et inquiets qui visitent parfois la vieillesse à ses derniers jours.

Le vieillard demandait toujours sa fille et ne se trouvait heureux que lorsqu’il la sentait auprès de lui, et ne voulait recevoir que de sa main ses potions et ses tisanes ; et quant à elle, elle ne se proposa plus d’autre tâche que d’adoucir les derniers moments de son père. Elle avait fait placer son lit tout à côté de la porte qui donnait dans la chambre du vieillard, et accourait aussitôt au moindre bruit, au moindre mouvement que faisait