Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/341

Cette page n’a pas encore été corrigée


C’est ainsi qu’il fut permis à Dobbin de la voir en toute liberté et d’espérer dans l’avenir, comme le petit écolier qui, n’ayant pas d’argent dans sa poche, peut du moins soupirer tout à son aise devant la boutique du pâtissier.


CHAPITRE XXVIII.

Où l’on revient à une existence plus douce.

La fortune commence enfin à sourire à Amélia. Nous sommes heureux de la sortir de cette humble et modeste condition qui, depuis si longtemps, était son partage. Elle va rentrer enfin dans une sphère plus brillante et plus élevée. Ce ne sera point toutefois dans une société d’un aussi grand ton et de manières aussi raffinées que celle où mistress Becky avait trouvé le moyen de pénétrer. C’est néanmoins dans un monde qui a des prétentions à suivre la mode et à posséder les allures aristocratiques. Joseph avait des amis parmi les ex-fonctionnaires des trois présidences de l’Inde. Aussi avait-il pris son logement dans le quartier anglo-indien, qui a pour centre Moira-Place. Ses revenus n’étaient pas assez considérables pour lui permettre l’habiter sur la place même.

Jos s’était contenté d’une maison de second ou troisième ordre dans Gillespie-Street. Il avait fait emplette de tapis, de glaces magnifiques, d’un ameublement presque entièrement neuf, provenant d’une vente à la suite d’une saisie opérée sur un pauvre diable qu’une faillite de son banquier venait de jeter sur la paille. Son nom fut inscrit à la quatrième page du journal, son mobilier disputé par les acheteurs, sous la surveillance du vendeur public, et puis il n’en fut plus question.

Les fournisseurs de ce malheureux, payés jusqu’au dernier shilling, se présentèrent chez Jos pour le prier de leur continuer la pratique. Les marmitons en veste blanche, qui avaient préparé les dîners du maître précédent, continuèrent à exercer leur profession au profit de Jos ; l’épicier, le fruitier, la laitière chacun