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impatience et de mauvaise humeur qui surprirent tous ses camarades, charmés jusque-là de sa bonhomie et de son entrain ; mais, lorsque la brise vint de nouveau, on le vit se livrer à tous les transports d’une joie enfantine. Ah ! son cœur battit bien fort lorsque le pilote du port monta à bord du navire, lorsqu’il aperçut les deux tours amies du clocher de Southampton !


CHAPITRE XXVI.

Notre ami le major.

Notre ami le major s’était rendu si populaire à bord, qu’au moment où lui et M. Sedley descendirent dans le canot qui vint les prendre pour les débarquer, tout l’équipage, matelots et officiers, à commencer par le capitaine, l’accompagnèrent de hourras d’adieux qui firent rougir le major, et il secoua la tête en signe de remercîments. Jos, persuadé que ces acclamations étaient pour lui, ôta son chapeau à galon d’or et l’agita avec une grâce pleine de majesté. En quelques coups de rames le canot fut au rivage ; nos deux voyageurs descendirent sur le port et se dirigèrent vers l’hôtel du Roi-George.

La vue de la réjouissante tranche de bœuf, du pot d’argent couronné d’écume qui, dans les magnifiques salons du Roi-George, accueillent le voyageur au retour de ses courses lointaines, n’eurent point assez d’empire sur Dobbin pour le décider à passer plusieurs jours au milieu de ces douceurs et de ce bien-être. Dès son arrivée, il demanda des chevaux de poste, et à peine à Southampton, il aurait voulu être déjà sur la route de Londres. Jos se refusa obstinément à quitter le soir même cette nouvelle Capoue. À quoi bon passer la nuit au milieu des cahots de la route alors que la plume et l’édredon vous invitent à une douce et moelleuse paresse, au lieu et place de cet affreux lit de Procuste, sur lequel les voyageurs qui reviennent du Bengale sont obligés de s’étendre dans leur étroite et incommode cabine ? Jos ne comprenait pas que l’on pût songer à partir avant d’avoir retrouvé son bagage, que l’