Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/300

Cette page n’a pas encore été corrigée


de variété et de profondeur. On y traitait dans leur vaste ensemble de toutes les sciences connues. M. Veal avait un planétaire, une machine électrique, un tour, un théâtre dans la buanderie, un cabinet de chimie, une bibliothèque composée des meilleurs auteurs anciens et modernes dans les diverses langues. Il conduisait ses jeunes gens au British-Museum et dissertait devant eux sur les antiquités et les pièces d’histoire naturelle qui s’y trouvaient rassemblées, si bien que les auditeurs se pressaient autour de lui, à ce qu’il disait, et que tout Bloomsbury l’admirait et le prônait comme un puits de science.

En parlant, ce qui lui arrivait assez souvent, il affectait une très-grande recherche dans ses phrases, et demandait au dictionnaire les mots les plus pompeux et les plus recherchés ; il avait pour maxime, qu’il n’en coûte pas plus d’employer une épithète étoffée, magnifique et ronflante, que d’en prendre une dont se servirait le premier venu.

Ainsi, par exemple, il disait à George, quand celui-ci arrivait en classe :

« J’ai remarqué, en rentrant dans mon domicile, au retour d’une séance où j’ai eu à appliquer les facultés intuitives de mon intelligence à une exégèse scientifique chez mon excellent ami le docteur Rocaille, archéologue par essence, messieurs, archéologue par essence, j’ai remarqué, dis-je, que les fenêtres de la demeure de votre respectable aïeul resplendissaient d’une clarté qui révèle la solennité d’un jour de fête. Puis-je, sans m’écarter de la vérité, conclure de ces symptômes que M. Osborne a réuni, la nuit dernière, sous ses somptueux lambris, la fine fleur des esprits précellents de notre époque ? »

Le petit Georgy, plein de malice et d’espièglerie, et qui savait à merveille contrefaire M. Veal, répondait que M. Veal avait une puissance de pénétration avec les lumières de laquelle il était impossible de s’écarter de la voie de la vérité.

« Eh bien ! les commençaux qui ont eu l’honneur de rompre le pain de l’hospitalité à la table de M. Osborne, n’ont eu lieu, j’en suis sûr, qu’à s’applaudir de la succulence des mets. J’ai le droit de m’exprimer ainsi, moi qui, pour ma part, ai été comblé d’une semblable faveur. Au fait, monsieur Osborne, vous arrivez un peu tard ce matin, et vous vous êtes plus d’une fois exposé aux mêmes reproches. Je disais donc, messieurs, que M. Osborne