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Après cette exorde, sir Pitt appela toute son éloquence à son aide en vue d’amener une réconciliation entre Rawdon et sa femme. Il retraça les faits tels que Becky les lui avait présentés, insista sur leur vraisemblance, et déclara qu’il avait une foi entière à l’innocence de sa belle-sœur. Rawdon ne voulut rien entendre.

« Voilà dix ans, répondit-il, qu’elle amasse de l’argent en cachette. La nuit dernière encore elle me jurait n’avoir rien reçu de lord Steyne. Elle espérait que je ne découvrirais pas son trésor, mais j’ai mis la main dessus. En admettant qu’elle ne soit pas coupable, Pitt, son égoïsme est du moins inexcusable ; je ne veux plus la revoir, je ne la reverrai plus. »

En prononçant ces derniers mots, Rawdon laissa retomber sa tête sur sa poitrine et resta quelques instants comme accablé sous le poids d’une grande douleur.

« Pauvre ami ! » murmura Macmurdo en secouant tristement la tête.

Rawdon Crawley résista quelque temps à l’idée de prendre une place qu’il devait à un pareil protecteur. Il voulait aussi faire sortir son fils de l’école où le crédit de lord Steyne l’avait seul fait entrer. Toutefois, les représentations de son frère et de Macmurdo le décidèrent à ne point se priver de ces avantages ; ce dernier le détermina surtout en lui faisant entrevoir la rage de lord Steyne à la pensée que personne plus que lui n’aurait travaillé à la fortune de son ennemi.

Peu de temps après, lorsque le marquis de Steyne commença à recevoir, après l’accident qui lui était arrivé, le secrétaire d’État au département des colonies vint le remercier de l’excellente acquisition dont l’administration lui était redevable. On aurait peine à se figurer combien lord Steyne lui sut gré de ces félicitations.

Pour nous servir de l’expression de Wenham, on ensevelit toute cette histoire dans le plus profond silence. Néanmoins, malgré ces précautions, il y avait plus de cinquante maisons dans Londres où l’on en parlait le soir même, et cette aventure fit pendant plus de trois semaines le texte de toutes les conversations de la ville. Si les journaux n’en dirent rien à l’étranger, ce fut grâce aux démarches que M. Wagg fit à l’instigation de M. Wenham.

Les huissiers opérèrent une saisie à Curzon-Street, dans la maison