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qui a le tort de vouloir toujours me traiter en ennemi.

— Je pense que lord Steyne n’a pas l’intention d’ébruiter cette affaire, reprit le capitaine Macmurdo, et je ne vois point pour nous l’intérêt que nous aurions à le faire. De toute façon c’est une affaire désagréable, et le moins qu’on en pourra dire sera le mieux. Vous êtes la partie offensée, si en conséquence vous vous déclarez satisfait, je ne vois pas pourquoi nous ne le serions pas aussi. »

Là dessus M. Wenham prit son chapeau ; le capitaine Macmurdo, l’ayant reconduit jusqu’à la porte, sortit avec lui, laissant Rawdon tout seul en proie à une fureur concentrée. Lorsqu’ils se trouvèrent tous les deux face à face, le capitaine Macmurdo, toisant alors d’un air dédaigneux l’ambassadeur du marquis, lui dit d’un ton de souverain mépris :

« Vous êtes fort habile à faire des contes, monsieur Wenham.

— Vous me flattez, capitaine, répondit l’autre avec un sourire, en honneur et conscience mistress Crawley nous avait invités à souper après l’Opéra.

— Voyez un peu comme la migraine de mistress Wenham est venue mal à propos déranger tout cela… J’ai à vous remettre un billet de mille livres sterling contre un reçu de vous, s’il vous plaît, le voici sous enveloppe à l’adresse du marquis de Steyne. Dites-lui de se tranquilliser, il n’aura point à se battre, et quant à son argent nous n’en voulons point.

— Dans toute cette affaire il n’y a qu’un malentendu, mon cher monsieur, un malentendu d’un bout à l’autre, » reprit son interlocuteur avec le ton de la plus parfaite innocence.

Le capitaine Macmurdo lui rendait son dernier salut au bas de l’escalier au moment où sir Pitt Crawley mettait le pied sur la première marche. Le baronnet et le capitaine se connaissaient déjà un peu. Le capitaine conduisit le baronnet dans la pièce où se trouvait Rawdon, et, chemin faisant, lui confia qu’il venait d’arranger l’affaire avec lord Steyne de la façon la plus satisfaisante.

Cette nouvelle fit grand plaisir à sir Pitt ; il félicita beaucoup son frère de ce dénoûment pacifique, lui adressa quelques observations morales appropriées à la circonstance sur le duel et sur les tristes satisfactions qu’il procure à la suite d’une offense.