Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/25

Cette page n’a pas encore été corrigée


son indignation s’exhala en termes les plus violents contre la conduite déloyale des alliés à l’égard de ce monarque détrôné. L’exil le plus honteux et le plus cruel n’avait-il pas été la récompense de sa foi en la parole donnée ? Et pourquoi ? pour substituer à son autorité la tyrannique domination d’un papiste effréné.

Cette sainte horreur de Rome et du pape assurait à M. Pitt une haute position dans l’opinion de lady Southdown, pendant que son admiration pour Fox et Napoléon le grandissait d’autre part dans l’esprit de sa tante. L’amitié de cette dernière pour cet illustre défunt a déjà été l’objet d’une digression dans l’un des premiers chapitres de cette histoire. Whig de cœur et d’âme, miss Crawley, pendant toute la durée de la guerre, avait fait cause commune avec les membres de l’opposition, et bien que la chute de l’empereur n’ait jamais fait grande impression sur les nerfs de la vieille dame, et que les malheurs de l’exilé n’aient point troublé le sommeil de ses nuits, Pitt cependant la prenait par son faible, en louant à la fois ses deux idoles. Cette courte mais énergique protestation avait suffi pour le mettre fort avant dans les bonnes grâces de sa tante.

« Et vous, ma chère, que pensez-vous ? » dit miss Crawley en se tournant vers la jeune demoiselle, dont l’air simple et modeste réveillait déjà toutes ses sympathies.

C’était, du reste, son habitude de s’enflammer toujours ainsi à première vue ; mais il faut rendre cette justice à son enthousiasme, il était aussi prompt à s’en aller qu’à venir.

Lady Jane rougit beaucoup, et répondit que, n’entendant rien à la politique, elle la laissait aux esprits plus profonds que le sien. Elle trouvait une grande justesse aux arguments de sa mère, ce qui n’ôtait rien à l’excellence des raisons de M. Crawley.

Quand ces dames se retirèrent enfin pour prendre congé de miss Crawley, celle-ci leur témoigna l’espérance que lady Southdown serait assez bonne pour lui envoyer lady Jane de temps à autre, si toutefois cette dernière voulait bien venir consoler une pauvre recluse abandonnée.

La douairière s’y engagea de la meilleure grâce du monde, et l’on se quitta très-bons amis.

« Ah ! Pitt, ne me ramenez plus lady Southdown, lui dit la vieille