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Miss Osborne, de son côté, en se reportant à ses souvenirs sur le passé, se sentait vivement émue de l’air morne et triste de cette pauvre mère qu’elle voyait ainsi courbée sous l’affliction. Les deux belles-sœurs arrêtèrent d’un commun accord les préliminaires du traité.

Le lendemain, à son retour de l’école, George trouva sa tante à la maison ; Amélia les laissa ensemble et se retira dans sa chambre. Elle voulut essayer ce que seraient pour elle les douleurs de la séparation, comme Jane Grey qui, dit-on, passa le doigt sur le tranchant de la hache qui allait couper le fil de ses jours. Le temps s’écoula en pourparlers, en visites, en préparatifs ; la pauvre veuve usa des plus grandes précautions pour instruire George du changement qui allait s’opérer dans sa manière de vivre ; elle pensait qu’en apprenant cette nouvelle, il allait se livrer à la désolation, il eut plutôt l’air de s’en réjouir ; la pauvre mère alla cacher ses douleurs dans sa chambre. Quant au bambin, il fit grand tapage auprès de ses camarades d’école de son élévation prochaine, il leur annonça qu’il allait vivre avec son grand’père, le père de son père, non point celui qui venait le chercher quelquefois à sa pension ; qu’il irait à une bien plus belle école, enfin quand il allait être riche il se proposait d’acheter des boîtes de couleurs et des tartes aux pommes. Oui, cet enfant était bien tout le portrait de son père, comme se le disait sa mère dans sa tendresse, sans croire cependant juger aussi vrai.

Par affection et par égard pour notre chère Amélia, nous ne ferons point l’histoire des derniers jours que George passa chez ses parents de Brompton.

Il brilla enfin ce jour où un splendide équipage s’arrêtant devant la modeste maison des Sedley, prit les paquets du petit George au milieu desquels figuraient maints souvenirs de tendresse maternelle ; tout était déjà prêt depuis longtemps et attendait dans la cour. George portait des habits pour lesquels le tailleur était venu lui prendre mesure quelques jours auparavant. Il s’était levé avec l’aube pour revêtir ses beaux vêtements neufs et sa mère l’avait entendu de sa chambre à coucher. Pauvre femme ! elle avait pleuré toute la nuit dans le silence de l’insomnie. Les jours précédents elle avait tout préparé elle-même pour ce pénible moment, avait acheté mille petits objets à l’usage de son fils, avait mis son nom sur ses livres et son linge,