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oreilles des autres femmes, qui n’avaient pas perdu un mot de tout cet entretien.

« Oh ma mère ! ma mère ! s’écria la pauvre Amélia, vous ne m’aviez rien dit de tout cela… je lui avais promis ces livres… j’ai vendu mon châle ce matin même. Tenez, voici l’argent ; prenez tout !… »

En même temps, d’une main tremblante, elle tirait de sa poche ses précieuses pièces d’or, qu’elle mettait dans les mains de sa mère, d’où plusieurs s’échappèrent pour rouler jusque sur les marches de l’escalier.

Amélia rentra ensuite dans sa chambre, et là s’abandonna au plus violent désespoir en présence de sa misère, dont elle concevait maintenant toute l’étendue. Ah ! elle le voyait bien maintenant, son égoïsme causait seul la ruine de son fils. Son obstination l’empêchait seule d’avoir la richesse, l’éducation, le rang auxquels il pouvait prétendre, auxquels l’appelait sa naissance. Déjà, par amour pour elle, le père s’était précipité dans l’abîme ; voudrait-elle y retenir le fils, maintenant qu’elle avait un seul mot à dire pour ramener l’aisance dans sa famille, pour élever son fils à la fortune ? Ah ! c’était là une réalité bien poignante pour son pauvre cœur blessé !


CHAPITRE XV.

Gaunt-House.

Tout le monde sait que l’hôtel de lord Steyne à Londres est situé Gaunt-Square, sur cette place où vient aboutir Great-Gaunt-Street, cette même rue dans laquelle nous avons conduit Rebecca à sa première visite en qualité d’institutrice chez le baronnet maintenant défunt. En regardant par-dessus les grilles, qui entourent les sombres feuillages du jardin situé au milieu du Square, vous apercevrez les malheureuses gouvernantes des enfants étiolés qui s’amusent autour du rond de verdure au centre duquel s’élève la statue de lord Gaunt, ce héros qui succomba à la bataille de Minden et qui se trouve là pour sa