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l’enfant avait eu la rougeole et la coqueluche, il ne lui en fallait pas davantage pour la dégoûter de la maternité. Un jour, il était descendu de sa demeure aérienne, attiré par la voix de sa mère qui chantait pour distraire lord Steyne. L’enfant s’était glissé sur la pointe du pied jusqu’à la porte du salon ; tout à coup la porte s’entr’ouvrit et laissa apercevoir le petit espion qui écoutait, plongé dans l’extase et le ravissement.

Sa mère s’élança sur lui, lui administra deux ou trois paires de soufflets, au milieu des éclats de rire du marquis, que cette scène de brusquerie et de vivacité de la part de Rebecca eut l’air d’amuser beaucoup. Le pauvre enfant s’enfuit auprès de ses amis de la cuisine, où il alla cacher ses pleurs et ses sanglots.

« Ce n’est pas parce qu’elle m’a battu, disait-il d’une voix entrecoupée, mais… c’est que… »

Et alors les sanglots et les pleurs, recommençant de plus belle, emportaient comme une avalanche le reste de ses paroles. C’était le cœur du pauvre enfant qui avait le plus souffert de ce rude accueil.

« Pourquoi ne veut-elle pas que je l’écoute chanter, puisqu’elle chante bien pour ce vieux monsieur à tête chauve qui a de si grandes dents ? »

Ces paroles étaient entrecoupées par des explosions de rage et de douleur. La cuisinière regardait la femme de chambre, la femme de chambre regardait le cocher d’un air goguenard et malicieux. Le terrible et sévère tribunal qui siége à la cuisine, et auquel rien n’échappe dans aucune maison, se trouvait en ce moment assemblé pour prononcer sur le compte de Rebecca.

Après cette petite aventure, l’aversion de la mère pour le fils se changea en haine. La présence de l’enfant dans la maison était devenue un supplice pour elle, en accusant à tout moment son indifférence pour son fils ; et, par un retour tout naturel et tout simple, la défiance, la crainte et l’esprit de révolte s’emparèrent dès lors du cœur de l’enfant. Depuis le jour des soufflets, une antipathie profonde s’éleva entre ces deux êtres pour croître de plus en plus par la suite.

Lord Steyne n’aimait pas davantage cet enfant : quand il le rencontrait il avait toujours à son adresse ou un coup d’œil menaçant ou une mordante raillerie ; et le petit Rawdon, sans se