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financières, sur le meilleur placement que Briggs pourrait faire du reste de son petit capital. Sir Pitt, après de mûres réflexions, avait trouvé pour Briggs quelque chose de sûr et d’avantageux ; car sir Pitt ne pouvait oublier que miss Briggs avait été l’amie de sa chère tante Crawley et l’avait veillée jusqu’au dernier soupir, et à ce titre elle avait droit à l’affection de tous les membres de la famille. En conséquence, avant de quitter la ville, Pitt avait bien recommandé que Briggs tînt son argent tout prêt, afin de saisir l’occasion qu’il avait en vue. La pauvre Briggs ajouta une entière confiance à l’air candide, à la joie avec laquelle Rebecca lui annonça cette nouvelle. Cette attention de sir Pitt la toucha au plus haut degré ; c’était pour elle un bonheur inespéré. Comment eût-elle songé autrement à retirer son argent du trois pour cent ; et puis c’était surtout la manière délicate dont le service était rendu. Briggs promit donc de voir le jour même son homme d’affaires, afin que son petit pécule fût prêt au moment opportun.

L’honnête fille fut si reconnaissante de tant d’intérêt de la part de Becky et de son digne mari le colonel, qu’elle consacra presque toute la moitié de son revenu d’une année à acheter une jaquette de velours au petit Rawdon, qui, pour le dire en passant, n’était plus d’âge ni de taille à porter une jaquette de velours, mais bien à prendre le pantalon et la veste.

C’était un joli enfant à la figure ouverte et riante, aux yeux bleus et animés, à la chevelure bouclée et flottante, au cœur sensible et généreux, fort disposé à aimer tendrement tous ceux qui témoignaient de l’affection à lui, à son poney, à lord Southdown qui le lui avait donné. Quand il voyait arriver cet excellent jeune homme, sa figure devenait toute rouge de plaisir ; il ne voulait pas non plus qu’on fît de peine au groom qui soignait son poney, à la cuisinière qui lui préparait des friandises pour son dîner et lui racontait le soir des histoires de revenants, à Briggs qu’il faisait enrager par ses gamineries, à son père surtout, dont nous signalons l’attachement pour le petit homme comme chose surprenante et presque incroyable d’une pareille nature. Lorsque le bambin eut atteint ses huit ans, il n’avait plus de tendresse et d’affection que pour son père ; quant au prestige séduisant à travers lequel sa mère lui était d’abord apparue, il s’évanouit bien vite à ses yeux. À peine lui adressait-elle la parole une fois par hasard, elle l’avait pris en aversion ;