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Bute, mon ami Bute ! qu’avez-vous fait en allant vous casser le cou ! »

Bute avait eu le plus grand tort et ne le savait que trop !

Nous avons vu de quoi était capable mistress Bute quand elle avait le jeu pour elle ; sous son autorité despotique, le règne de la terreur s’était établi dans la maison de miss Crawley, mais à la première occasion il y avait eu révolte suivie de la disgrâce la plus complète. Tous les sots du presbytère prenaient texte de là pour se poser comme les victimes de l’égoïsme le plus bas, de la trahison la plus abominable ; ces sacrifices, ce dévouement pour miss Crawley n’avaient été payés que par la plus noire ingratitude.

L’avancement de Rawdon d’autre part, sa mise à l’ordre du jour avaient aussi jeté l’alarme dans ces âmes si charitables et si chrétiennes. Sa tante ne pouvait-elle pas se radoucir en le voyant colonel et chevalier du Bain ? Qui pouvait jurer que l’odieuse créature qu’il appelait sa femme ne finirait pas par rentrer un jour en faveur ?

La femme du ministre composa, sous l’inspiration de son juste courroux, un sermon sur la vanité de la gloire militaire et la prospérité des méchants, et son mari le lut à ses paroissiens, sans y comprendre un mot. Pitt se trouvait ce jour-là dans l’auditoire : il s’était rendu à l’église avec ses deux sœurs pour remplacer le chef de famille qui ne faisait plus, dans son banc seigneurial, que de fort rares apparitions.

Depuis le départ de Becky Sharp, ce vieux mécréant se livrait sans frein à ses instincts dépravés. Sa conduite était devenue un scandale pour le comté et un sujet de honte pour son fils. Jamais miss Horrocks n’avait étalé sur son bonnet un tel luxe de rubans. Les autres familles du voisinage avaient dû renoncer à toute espèce de relations avec le château et son propriétaire. Le baronnet allait boire chez ses fermiers, trinquait avec eux à Mudbury, et les jours de marché, il se faisait conduire à Southampton dans sa grande voiture à quatre chevaux avec miss Horrocks à sa droite.

M. Pitt, en ouvrant le journal, tremblait chaque matin d’y voir annoncé le mariage de son père avec la susdite demoiselle. L’épreuve était rude et pénible pour son amour-propre. Dans les assemblées religieuses dont il avait la présidence, et où il parlait d’ordinaire plusieurs heures de suite comment son éloquence ne