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Peu après l’arrivée des toilettes de Londres, et peut-être en vue de leur faire honneur, lady O’Dowd et les femmes des autres officiers du régiment royal donnèrent un bal aux régiments de la compagnie des Indes et aux fonctionnaires civils de la station. Glorvina y parut au milieu des pompes éblouissantes de sa robe de satin rose, de cette robe qui devait frapper le coup décisif ; le major, présent à cette fête, errait à l’aventure dans les salons du bal, et il n’eût pas même su dire le lendemain quelle était la couleur du satin. Glorvina, la rage dans le cœur, accepta pour danseurs les moindres officiers de la garnison, espérant irriter la jalousie de Dobbin ; mais le major n’en parut point jaloux. Il ne témoigna pas même de mauvaise humeur lorsque M. Bangles, capitaine de cavalerie, offrit son bras à Glorvina pour la conduire à la salle du souper. Ce n’était ni les manéges de la coquetterie, ni de jolies robes, ni de belles épaules qui pouvaient quelque chose sur la fibre sensible du major, et Glorvina n’avait rien autre chose à offrir.

À eux deux, ils donnaient l’exemple de la vanité des choses humaines ; ils désiraient, chacun de leur côté, ce qu’il ne leur était point donné d’avoir. La désolation et le désespoir de Glorvina se manifestaient par des torrents de larmes. Son affection pour le major, disait-elle en sanglotant, avait été plus vive qu’aucune de celles qu’elle avait ressenties pour les autres.

« Ah ! ma bonne Peggy, disait-elle à sa belle-sœur dans leurs moments d’entente et de bonne harmonie ; ah ! ma bonne Peggy, il me brisera le cœur ; toutes mes robes me deviennent trop larges, je ne serai bientôt plus qu’un squelette. »

Tandis que le major prolongeait ainsi le supplice de cette malheureuse, et, loin de demander sa main, ne tâchait même pas d’en devenir amoureux, un autre bâtiment arriva d’Europe, d’où il apportait des lettres, parmi lesquelles il s’en trouva une pour cet homme au cœur de granit. Cette lettre portait un timbre plus ancien que celui des missives apportées par le dernier navire, et elle venait de chez lui. Dobbin reconnut aussitôt l’écriture de sa sœur, qui mettait le plus grand soin à entasser dans sa correspondance toutes les plus mauvaises nouvelles, et lui adressait de petits sermons avec une franchise vraiment fraternelle ; aussi son cher William, étant malheureux tout le reste du jour quand il lui arrivait de lire les épîtres de sa sœur, ne