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lui répondit sir Pitt. Je vais l’inviter pour l’enterrement, ainsi que le veulent les convenances.

— Et… quant à mistress Rawdon ?… hasarda avec timidité lady Jane.

— Jane, Jane, fit lady Southdown, pensez-vous bien à ce que vous dites ?

— Bien entendu, mistress Rawdon est de moitié dans l’invitation, reprit sir Pitt avec fermeté.

— Une pareille chose ne se passera pas moi présente dans cette maison, reprit lady Southdown.

— Votre Seigneurie, répliqua sir Pitt, aura l’obligeance de se rappeler que je suis désormais le chef de la famille. Écrivez, je vous prie, lady Jane, une lettre à mistress Rawdon Crawley pour la prier d’assister à cette douloureuse cérémonie.

— Jane ! s’écria la comtesse, je vous défends de prendre la plume et d’écrire.

— Je prétends être maître ici, reprit à son tour sir Pitt, et malgré le regret mortel que j’aurais à voir Votre Seigneurie quitter ce logis, je suis décidé, ne vous en déplaise, à y régner à ma guise et d’après mes inspirations personnelles. »

Lady Southdown, se laissant emporter à un sublime mouvement d’indignation, demanda sa voiture et ses chevaux. Condamnée à l’exil par son gendre et par sa fille, elle allait cacher ses chagrins dans quelque lieu solitaire et ignoré, et prier le ciel de les faire revenir à résipiscence.

« Nous ne voulons nullement votre exil, chère maman, dit la timide Jane d’une voix suppliante.

— C’est bien m’exiler que d’ouvrir cette maison à une société que ne peut souffrir une femme qui possède quelques sentiments orthodoxes. Demain matin, je pars dans ma voiture.

— Vous allez me faire le plaisir d’écrire sous ma dictée, Jane, » lui dit sir Pitt se levant ; et il prit cette attitude d’autorité familière aux portraits d’exposition. Écrivez :

« Crawley-la-Reine, 14 septembre 1822.

« Mon cher frère. »

En entendant ces paroles retentir à ses oreilles comme un arrêt décisif et terrible, lady Southdown, qui avait compté sur quelque