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à croître tout à leur aise. Le parterre de la pauvre lady Crawley fut dévoré par les ronces et les épines. Il ne restait dans la vaste cuisine du château que deux ou trois domestiques tout grelottant de froid. L’écurie et l’office transformés en une espèce de solitude et ouverts à tous les vents, tombèrent en ruines. Sir Pitt passait ses nuits à se divertir avec Horrocks son sommelier, et pendant le jour il se querellait avec ses agents et dans ses lettres accablait d’injures ses fermiers, ou s’occupait lui-même de sa correspondance. Les gens de loi, les baillis qui avaient à traiter avec lui ne trouvaient accès dans le sanctuaire que par la faveur spéciale de la dame aux rubans, qui leur servait d’introductrice auprès du baronnet ; c’est ainsi que mille soucis venaient assiéger sir Pitt ; que les embarras les plus compliqués lui surgissaient de toute part.

M. Pitt, l’homme d’ordre et d’étiquette par excellence, ne pouvait voir qu’avec un sentiment d’horreur ce renversement de toutes les convenances. La crainte d’apprendre que l’effroyable dame aux rubans était devenue sa belle-mère, ne lui laissait plus un jour de tranquillité. Depuis la visite que nous venons de rapporter, la comtesse de Southdown fit plusieurs tentatives pour introduire dans le château les traités les plus émouvants et les plus capables de faire blanchir de terreur la tête de ce vieux réprouvé. Mistress Bute, au milieu de la nuit, allait à sa croisée pour voir si le ciel ne s’illuminait pas des rouges clartés de l’incendie dans la direction du château de Crawley. Sir G. Wapshot et sir H. Fuddleston, les vieux amis du baronnet, ne voulaient plus siéger avec lui aux assises et se détournaient de lui dans les rues de Southampton, quand ce vieux suppôt de la débauche les rencontrait et leur tendait la main. Mais rien n’y faisait, il rengainait sa poignée de main et s’en allait en riant aux éclats. Les brochures de lady Southdown avaient aussi le don d’exciter au plus haut point son hilarité. Il se moquait de ses fils, du monde, enfin de la dame aux rubans, quand par hasard elle se fâchait, ce qui arrivait encore assez souvent.

Miss Horrocks, une fois installée comme gouvernante dans le manoir de Crawley-la-Reine, traita ses anciens compagnons de service avec un despotisme intolérable. Tous les serviteurs l’appelaient m’ame par abréviation de madame. Une petite fille qu’elle-même avait prise à son service, s’obstinait seule à l’appeler milady,