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livre, en lui rappelant « les heures lumineuses qu’il a eu le bonheur de passer avec lui ». Il lui souhaiterait la pourpre cardinalice, « si la robe écarlate pouvait être revêtue de notre temps autrement que de complicité avec la Puissance des Ténèbres… Simple cardinal noir, il fera honte à plus d’un cardinal rouge… À côté du nom de Mérodack, je veux que le vôtre figure en tête de ces lignes. Si à toute la science laïque je puis opposer un Mage, à toute la théologie je veux pouvoir dire : j’ai un prêtre ».

Son premier soin est de faire sa profession de foi romaine, catholique et apostolique. « J’ai reçu tous les sacrements de l’Église, sauf l’Ordre et l’Extrême-Onction… Je vais à la messe chaque dimanche, je me confesse et communie à tout le moins une fois l’an[1]. » Il proteste énergiquement de sa soumission sans réserve au Pape. « Si Pierre, ce dont je doute, condamnait mon livre, mon livre s’inclinerait avec cette réponse unique :

« Ave, Petre, comburendus te salutai. »

Point n’est besoin de faire ressortir l’ironie diabolique que sue cette prétendue soumission.

D’après le comte de Larmandie, la doctrine ésotérique que ses maîtres et lui enseignent est la seule vraie, parce que la seule universelle ; c’est l’idée messianique, « que le Messie s’appelle Christ, Bouddha ou Mouley-Saha… Le christianisme n’est en somme que le meilleur des exotérismes[2]. » Il faut donc aller chercher la source de l’ésotérisme en dehors du christianisme, dans la source kabbalistique qui contient surtout la partie dogmatique, et dans la source hindoue, où se trouve principalement la poésie de l’ésotérisme.

L’auteur d’Eôraka a une façon particulière, très adroite, de critiquer la franc-maçonnerie. À le lire superficiellement, on jurerait qu’il en est l’adversaire, tant est habile sa phraséologie. Nous savons tous aujourd’hui que les neuf dixièmes des francs-maçons sont de simples imbéciles menés par le bout du nez par les lucifériens. M. de Larmandie a le talent de dire la même chose que nous, en sous-entendant son approbation précisément de la minorité diabolisante. Et pour faire croire à son aversion pour la secte infernale, il a soin de se joindre à MM. Andrieux et Léo Taxil, ne retenant de celui-ci que les pages où il a montré le ridicule des mômeries rituelles. En somme, il approuve l’esprit luciférien de la minorité, et il regrette que toutes les loges ne soient pas des triangles.

  1. Les Sophie Walder, elles aussi, vont à la messe (où elles murmurent à voix basse des paroles d’exécration pendant toute la durée du saint sacrifice) ; elles vont au confessionnal (où elles tendent des pièges à la foi des prêtres, avec une astuce diabolique) ; et elles communient (avec la joie infernale du sacrilège).
  2. « Le Catholicisme n’est que l’expression vulgaire et occidentale de la vérité ou plus simplement l’exotérisme occidental. Le prosélytisme catholique s’adresserait mal à un véritable initié du Bouddhisme, par exemple. Il y aurait pléonasme doctrinal, lumière sur lumière, superposition d’identiques. »