Page:Taxil, Hacks, Le Diable au XIXe siècle, Delhomme et Briguet, 1894, tome 2, partie 2.djvu/124

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

quatre éléments des anciens. Les épreuves suivantes se composent de trois voyages, pendant lesquels le Candidat subit successivement les purifications par l’Air, l’Eau et le Feu.

Il est nécessaire de placer ici quelques explications au sujet de ces malheureux éléments qui paraissent choquer si fort nos notions scientifiques actuelles.

Faisons justice d’abord d’un malentendu. On aurait grand tort de croire que les Anciens entendaient par Élément ce que la chimie moderne désigne sous le nom de Corps simple. Ce serait se placer à un faux point de vue ; car les éléments alchimistes ne sont pas une substance matérielle, attendu que les Anciens proclamaient sous ce rapport l’unité de substance, dont ils déduisaient la possibilité des transmutations métalliques, — unité de substance vers laquelle tend, du reste, la science moderne.

Ne confondons pas non plus le signe allégorique avec ce qu’il représente, et rappelons-nous que les quatre éléments ne sont simplement que symbolisés, et pas autre chose, par la Terre, l’Air, l’Eau et le Feu. Prendre ce que l’on entend d’ordinaire par ces termes pour ce que sont réellement les quatre éléments des Anciens, c’est raisonner comme les Chinois qui prétendent que les Chrétiens adorent en fait de Dieux, un vieillard, un homme cloué sur une croix et un pigeon ; c’est tomber dans un préjugé ridicule et faire preuve d’une sotte et profonde ignorance.

C’est faire injure aussi aux hommes de génie, qui se sont occupés à travers les siècles de l’étude méritoire, autant que périlleuse, de l’Occultisme. À côté de ces puissants géants, nous ne sommes que des nains infimes. Où trouverons-nous leur force de pénétration pour percer l’écorce superficielle des choses ? Notre science orgueilleuse ne les observe que par leur côté extérieur, phénoménal, tombant sous les sens, et ne veut tenir aucun compte de ce côté caché, interne, ’'ésotérique, qui ne peut être perçu que par l’esprit. Prisonniers perpétuels du domaine palpable de la Physique, nous devenons incapables d’aller au delà en nous élevant à la hauteur des conceptions abstraites de la métaphysique. Ne voyant que le contenant, nous croyons avoir tout gagné en niant le contenu. À force de tout décomposer par nos procédés analytiques, qui nous portent à étudier séparément chaque chose, abstraction faite de l’ensemble dont elle fait partie, il nous est devenu impossible de ressaisir le lien qui rattache l’Universalité des êtres en une vaste et magnifique synthèse.

Revenons aux quatre éléments, principes constitutifs de tous les êtres. C’est sur leur théorie secrète que reposent les mystères de la croix philosophique, devenue emblème séditieux pour certains Maçons christianophobes.

Ne possédant pas le grade de Chevalier Rose-Croix et n’en étant encore qu’à la recherche du sens caché des arcanes du modeste grade de Maître dont je suis revêtu, il me serait permis, sans doute, de garder ici un silence aussi prudent qu’énigmatique[1]. Comme c’est cependant là le nœud de la question qui nous occupe, je vais m’efforcer, mes Frères, de l’éclairer de la

  1. Par son exemple, le F∴ Oswald Wirth, qui alors n’en était encore qu’au 3e degré de l’initiation maçonnique, prouve qu’il est de simples Maîtres bien plus avancés en satanisme que certains Rose-Croix et même Chevaliers Kadosch. Et comme, plus loin, il dit bien leur fait à quelques 33es du Grand Orient de France !