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VIII

Aussi convient-il de remarquer les rapports intimes de l’émotion et de l’instinct. Ne pourrait-on pas dire que les émotions sont des instincts arrêtés, des réflexes conscients qui, au lieu d’aller jusqu’au mouvement externe, s’arrêtent à la simple tendance inquiète et troublante au mouvement ? Si, à mesure qu’il devient plus sentimental, l’homme en se civilisant devient en apparence moins instinctif, c’est que l’instinct en lui à pris de plus en plus la forme du sentiment. — Or, qu’est-ce que l’instinct ? N’est-ce pas une prédisposition innée à penser ou à agir dans un certain sens, à croire ou à désirer certaines choses, à ne pas croire ou à repousser certaines autres choses ? On doit y voir une sorte de canalisation naturelle de la force de croire et de désirer qui, sans cela, se répandrait au hasard.

S’il en est ainsi, on doit pouvoir envisager sous un même point de vue les instincts et les sentiments, et les embrasser dans une même classification. On a fait beaucoup de tentatives inutiles pour classer les sentiments, et je ne me risquerai point à proposer un classement nouveau. Mais je ferai observer qu’une première division me parait s’imposer : celle des sentiments fondés principalement sur des croyances et des sentiments fondés principalement sur des désirs. Parmi les sentiments-croyances, il faut citer, notamment, l’orgueil ou l’humilité, l’admiration ou le mépris, les émotions esthétiques du beau et du laid chez le spectateur, la plupart des émotions religieuses dans les races supérieures. Parmi lessentiments-