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Page:Tailhade - À travers les grouins, 1899.djvu/176

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Vogüé, académicien départemental, journaliste à la guimauve et commis voyageur pour Tolstoï, dans les milieux distingués. Hobereau, parti de son Ardèche à la conquête des intelligences, il a couru le vaste monde. Les paysages, les mœurs, les cités et les plaines, les golfes et les cimes ont défilé à ses yeux. Il a promené, du couchant au ponant, sa cervelle d’oiseau, ses doctrines de collège, ses élégances de coiffeur, sans que tant de milieux divers, de spectacles inouïs aient conféré à son écriture le moindre vestige de couleur ou de passion.

Une tête embryonnaire, un fœtus de dandie échoué dans le figarisme, la littérature slave et autres balivernes ; un de ces confesseurs laïques préposés à la direction des vieilles dames qui, « pour se consoler de leurs flueurs blanches, font de la musique religieuse », tel apparaît le sieur Vogüé. Il se targue d’avoir initié la France aux beautés de l’alliance russe : nul, en effet, n’a plus tartiné, plus bêtifié que lui sur Gogol et sur Pouskine, sur Pisemski et Goncharoff. C’est la mouche du traîneau, le hanneton de la Néva, le dwornik de Dostoiewsky.

L’Académie a consacré tant d’élégance. Pour jouer Renan dans les châteaux de province, Melchior affecte