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Page:Tailhade - À travers les grouins, 1899.djvu/123

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dit-il, j’ai fait pour vous des œuvres sans secondes. Je vous ai permis de garder vos membranes et de vous emplir de charcuterie. Vous avez brûlé le Sérapéum de Memphis. Vous avez émietté, dans les fours à chaux, les dieux tulélaires d’Athènes. Vos moines ont, sous l’orteil de leurs pieds sales, écrasé la Raison. Vous avez cuit Savonarole et tourmenté Galilée. Vous avez léché le crottin de Bonaparte, larronné la Révolution française, restauré les jésuites et conquis M. Brunetière à vos desseins. Je suis content de vous ! Après deux mille ans, je veux encore vous bénir et vous récompenser. J’abolis, en votre faveur, les derniers scrupules qui prohibaient le larcin, le meurtre ou l’imposture. Vous ayant donné l’Affaire, je maintiens d’autres présents : mon nègre Cassagnac, la veuve du Faussaire, Jules Guérin l’assommeur et Max Régis l’estafier. Pour une longue suite d’ans, je vous concède Barrès, Drumont et Flamidien. »

À ces mots, la foule, reconnaissant combien il était dieu, se rua aux genoux du Visiteur. Plus rapide que l’onagre, Marie-Anne de Kéroubim inonda ses pieds d’Eau de Cologne et, d’un geste fanatique, les frotta de ses cheveux.