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Page:Tailhade - À travers les grouins, 1899.djvu/118

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A TRAVERS LES GROUINS

marrés d’emblèmes ridicules. C’étaient les virtuoses du faux, les professionnels de l’homicide, les surhumains du crétinisme.

Teintes de fard, d’antimoine et de céruse, avec force chignons couleur de safran ou de henné, les vieilles patriotes contrepointaient leurs gorges blettes de lumineuses pierreries. Bob de Capharnaüm et Lucie de Bethsaïde, la fille du Tanneur, et les saintes femmes du Bal des Vaches montraient, jusques à la ceinture, le faisandé de leurs appas. Mais, sous un dais de pourpre et dominant l’assemblée, une femme vêtue de noir causait avec Arthur Meyer, patricien de Venise. Chacun saluait en elle, avec un respect assaisonné d’admiration, la veuve du martyr, l’héroïne des cent mille francs, la Colonelle Henry.

Drumont, sous la robe verte et jaune dont Véronèse peignit la brocatelle ; François Coppée, en velours de Gènes (tramé coton) ; Déroulède en fustanelle tricolore, et Barrès avec de véritables fausses dents se groupaient, faisaient apothéose, cependant que Judet Iscariote arborait, non sans quelque emphase, son costume d’égoutier.

« Moi, disait Coppée, je suivis, tout enfant, le régiment qui passe. Ma jeunesse verdoya d’amours ancil-