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lancez une cuillerée de bouillon sur une ou deux de leurs livrées ; d’ailleurs, le vendredi et la fête des Saints-Innocents sont deux jours malheureux, et il est impossible d’y être chanceuse : ainsi vous avez, ces jours-là, une excuse légitime.

Quand vous êtes pressée d’aveindre vos plats, poussez-les de telle sorte qu’il en tombe une douzaine sur le dressoir, juste à votre main.

Pour épargner le temps et la peine, coupez vos pommes et vos oignons avec le même couteau ; les gens bien élevés aiment le goût de l’oignon dans tout ce qu’ils mangent.

Faites avec votre main un monceau de trois ou quatre livres de beurre, puis plaquez-le contre le mur juste au-dessus du dressoir, de façon à pouvoir y puiser quand l’occasion s’en présentera.

Si vous avez une casserole d’argent pour l’usage de la cuisine, je vous conseille de la bien bossuer, et de la tenir toujours noire ; cela fera honneur à votre maître, car cela montre qu’il a tenu constamment bonne maison ; et faites place à votre casserole en la frottant ferme sur le charbon, etc.

De même, si l’on vous a donné une grande cuiller d’argent pour la cuisine, que le cuilleron en soit tout usé à force de gratter et remuer, et répétez souvent avec gaîté : « Voilà une cuiller qui n’est pas en reste avec Monsieur. »

Quand vous servez le matin à votre maître un bouillon, du gruau, ou autre chose de ce genre, n’oubliez