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hélène swarth.

LVII.

FORÊT D’AUTOMNE.


Oh ! pénétrant dans l’âme ainsi qu’un dard de guêpe,
Ce perfide aiguillon caché dans la beauté !
Oh ! les forêts d’automne en leurs voiles de crêpe,
Promettant la fraîcheur du rêve après l’été !

Leur charme lent, suave et langoureux évoque
La volupté suprême à l’ombre de la mort.
Je joins les mains d’amour et je pleure et j’invoque
La dieu lointain rêvant sous les ramures d’or.

Dieu lointain, donne-moi l’Adoré pour qu’il aime
La morbide beauté des forêts avec moi !
Les feuilles sur nos fronts pleuvront comme un baptême
Et nous feront pâlir du même intense émoi.

Sans lui la solitude arômale et voilée
Trouble mon faible cœur d’angoisse et de désir.
Oh ! je tremble d’amour — Au tournant de l’allée,
Si les bras de l’Aimé s’ouvraient pour me saisir !