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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

Cazot disparut à son tour, l’opinion publique s’occupa des biens de cette confrérie et la chambre, voyant le gouverneur disposé à mettre la main sur ces propriétés pour le compte de la couronne, exprima des doutes sur les droits de l’Angleterre à cet égard. Comme les rois de France avaient donné ces terrains pour l’instruction publique, il était de justice et de convenance de ne pas en distraire les revenus pour les appliquer à d’autres fins. Deux partis s’opposaient à cette mesure : les Anglais qui voulaient restreindre les écoles de langue française ; et le clergé catholique qui prétendait mettre la main sur tout ce qui avait appartenu à l’Église. Il y eut des débats solennels, et par la suite ceux-ci se sont répétés chaque fois que les mots « biens des jésuites » ont été prononcés. Le principe qui gouverne à présent l’administration de ces terres est juste : les rois de France les avaient affectées à l’instruction publique et c’est à l’instruction publique que nous employons les revenus qui en proviennent. L’ordre des jésuites n’a pas rempli toutes ses obligations à cet égard sous le régime français, et l’eût-il fait, sa suppression par le pape, la cession du pays à l’Angleterre, le manque de popularité de ces pères dans le Canada français et catholique, sont des motifs plus que suffisants pour rendre libre la gestion de leurs seigneuries. Les Canadiens-Français sont chez eux et personne au monde n’a le droit de leur imposer un état de choses qui les gêne, encore moins de les priver des ressources de leur pays lorsqu’ils veulent les appliquer à des entreprises honnêtes. Les jésuites sont dans le cas de ces héritiers de seigneuries dont les réclamations obsèdent tous les jours le gouvernement et qui, après avoir été supprimés par la force des circonstances osent redemander des biens que d’autres ont su mettre en valeur. Il n’est pas d’argument ecclésiastique qui vaille ce fait de toute importance pour les Canadiens : nous sommes chez nous et nous nous administrons comme il nous convient.

Voici la liste des conseillers législatifs en 1801 : Le juge William Osgoode, l’évêque anglican (Jacob Mountain), Hugh Finlay, Thomas Dunn, sir George Pownall, Henry Caldwell, le juge John Monk, sir John Johnston, Paul-Roch de Saint-Ours, François Baby, Jos.-Dom.-Emm. de Longueuil, Charles de Lanaudière, R.-A. de Boucherville, Michel-Eustache-Gaspard-Alain Charrier de Lotbinière, ancien président de la chambre basse, appelé au conseil en 1797, et G.-E. Taschereau.

La session de 1801, ouverte le 2 janvier, et close le 8 avril, roula sur la guerre avec la France, les hospices, les travaux publics, les arrérages des lods et ventes, les terrains occupés par les fortifications de Montréal, le droit de tester, l’Institution Royale des écoles de la province.

L’Institution Royale, établie en 1801, devait, dans la pensée de ses auteurs, couvrir le pays d’écoles de langue anglaise. Les Canadiens non seulement refusèrent de tomber dans ce piège, mais opposèrent à une mesure aussi dangereuse, des écoles paroissiales où l’on enseigna les éléments de l’instruction, tels que la lecture, l’écriture et le calcul. Les historiens anglais se plaisent à dire que nous ne voulions pas d’écoles, puisque nous refusions les leurs, mais ils se gardent bien d’ajouter que ces classes avaient été perfidement établies pour nous angliciser, et ils omettent pareillement de mentionner deux faits de première im-